Résistance

Aujourd’hui, la classe ouvrière peut-elle jouer le même rôle qu’en 1917 ?

Il y a 100 ans, la classe ouvrière russe montait « à l’assaut du ciel », pour reprendre la formule de Marx à propos des communards de 1871, c’est-à-dire qu’elle s’emparait pour la première fois du pouvoir économique et politique dans un pays gigantesque. Souvent, les historiens, les politiciens bourgeois de gauche et les réformistes en tout genre tentent de nous convaincre que ce n’est plus possible aujourd’hui, qu’il s’agissait d’une anomalie survenue dans une société archaïque, et que de nos jours, ce ne serait plus viable ni nécessaire.

La classe ouvrière, moteur de l’Histoire hier comme aujourd’hui ! 

Pour nombre d’intellectuels, de politiciens et de médias, la classe ouvrière française ne correspondrait plus qu’à une petite part de la société. Pour eux, ce sont les bleus de travail, les grosses chaînes de production, les usines automobiles… Une telle classe ouvrière existe encore, bien qu’entre 1970 et aujourd’hui, elle soit passée de 7 à 6 millions de personnes, et que sa part représentative dans la sphère active soit passée de 40 à 20 %. Bien entendu, 6 millions, c’est déjà énorme par rapport aux effectifs du prolétariat industriel à l’époque où Marx écrivait le Manifeste du Parti communiste. Le changement le plus notable concerne surtout la concentration, qui est moindre, les centres de plus de 5 000 ouvriers s’étant raréfiés au gré des fermetures de sites, des licenciements et des attaques du patronat. Mais la classe ouvrière, ce n’est pas que l’industrie et le bleu de travail : aujourd’hui, on peut parler d’une prolétarisation de la société ; non par volonté d’utiliser un verbiage qui rendrait « plus rouge » la société actuelle, mais par simple analyse objective. On définit le prolétariat comme celles et ceux qui n’ont que leur force de travail pour subsister, et qui n’ont aucun moyen de contrôler du capital ou des moyens de production. 

Si nous retenons cette définition, et si nous excluons les métiers relatifs à la répression et au maintien de l’ordre, ainsi que ceux qui participent à la chaîne de commandement des entreprises, le nombre de travailleurs qui n’ont que leur emploi est très élevé. Cela équivaut à près d’1,9 million de personnes dans la fonction publique d’État, et dans le privé, à environ 14 millions d’employés et d’ouvriers. À ces chiffres, nous pouvons ajouter une bonne part des « professions intermédiaires », comprises entre les cadres et les agents d’exécution, et qui représentent 7 millions de personnes. Au final, ce sont 22,9 millions de femmes et d’hommes qui relèvent directement d’une couche de salariés ne disposant que de leur force de travail pour subsister, soit 81,7 % de la population active. Sans parler des travailleuses et des travailleurs privés d’emploi, qui sont près de 6 millions aujourd’hui en France. 

Ces chiffres montrent bien que la force numérique des prolétaires est prépondérante en France : derrière chaque action, chaque production directe ou indirecte, il y a des salariés. La part de patrons, cadres ou dirigeants est minime. D’ailleurs, le nombre de travailleurs participant à la chaîne de production d’un téléphone ou d’une une voiture a augmenté, ces dernières années. La classe ouvrière n’a donc pas disparu, loin de là. Dans les services, les conditions de travail ressemblent de plus en plus à celles des ouvriers d’usine, qu’il s’agisse des centres d’appels téléphoniques, du commerce, des plateformes de distribution, etc. De plus en plus, le travail ressemble à celui d’une chaîne, avec des tâches précises, souvent non qualifiées et sous-payées, qui doivent s’enchaîner, situation d’ailleurs qu’on retrouve aussi dans la santé et dans de nombreux services publics. 

En définitive, les prolétaires sont plus nombreux qu’en Russie en 1917. Notre nombre et notre présence dans tous les secteurs font que notre classe, plus que jamais, serait en mesure de prendre et d’exercer le pouvoir. 

Une société moderne, impossible à diriger ? 

Un autre argument avancé aujourd’hui est que la société est infiniment plus complexe et hiérarchisée qu’autrefois, ce qui la rendrait impossible à diriger par les travailleurs. 

L’État dispose de grandes écoles, pour ses hauts fonctionnaires, ses chefs politiques, les dirigeants des grandes entreprises : il s’agit d’accréditer l’idée que seule une élite triée sur le volet pourrait diriger la société. 

Notre opinion à ce sujet est totalement inverse, dans la mesure où les classes laborieuses, à tous les niveaux, ont un rôle-clé dans le fonctionnement des entreprises et de la société. Si l’on prend l’exemple d’une ville, son réseau d’écoles et de cantines, ses services de nettoyage, de transports, de distribution d’eau et d’électricité, l’organisation d’évènements divers et variés, rien de tout cela n’existerait sans l’action de travailleuses et de travailleurs. Les responsables et les décisionnaires ne font que tracer des plans, qui en réalité s’appuient la plupart du temps sur les bilans et les remarques des équipes chargées de leur mise en œuvre. À vrai dire, les travailleurs pourraient diriger la ville, car ce sont eux qui la font tourner et qui en ont une pleine connaissance ; ils seraient même capables de l’améliorer, en accédant aux finances et en les gérant de façon rationnelle et utile à la collectivité, en supprimant les dépenses somptuaires, les gaspillages relevant du parasitisme social des chefs ou de la complaisance vis-à-vis des entreprises « amies » de la mairie. 

Dans les entreprises privées, les choses ne sont guère différentes. À tous les niveaux, des travailleuses et des travailleurs qui n’ont aucun intérêt dans le capital de la société appliquent les décisions et les ordres de la direction. Dans le cas d’une entreprise automobile, les salariés connaissent les procédés de construction, les matériaux nécessaires, le fonctionnement d’un moteur… et parfois même la façon dont il pourrait être amélioré. En 1960, déjà, les salariés de l’automobile relevaient que certains changements dans la production allaient entraîner une baisse de la qualité ; alors aujourd’hui, avec des ouvriers encore mieux formés, qui ont été rendus polyvalents par la multiplication des tâches à des postes différents au nom de la « flexibilité », la compréhension des moyens d’améliorer la production est bien plus élevée encore. 

On nous rétorquera alors que seuls les ingénieurs peuvent mener la recherche et le développement, nécessaires aux améliorations et à la transition énergétique. Pourtant, même ces recherches sont freinées par le manque de moyens ou par les stratégies imposées par l’État et/ou les entreprises. Dans le domaine de la transition énergétique, Renault, Total ou Elf limitent financièrement ces recherches et veulent continuer à exploiter à fond les technologies liées au pétrole tant que cette ressource n’est pas encore tarie. Les « petites mains » des laboratoires débordent souvent d’idées pour tout améliorer, mais elles se heurtent à des injonctions capitalistes et à des refus d’investissements. 

À l’échelle d’un pays et même au niveau international, toutes ces tâches sont l’œuvre de travailleurs. Il est évident qu’il serait plus simple et plus rationnel que ce soient eux qui s’accordent entre eux pour la poursuite d’objectifs communs, au lieu de requins de la finance qui rêvent de plumer leurs concurrents. 

Le fonctionnement quotidien de la société est déjà le fait de millions d’anonymes qui appliquent des directives tout en percevant les dysfonctionnements et les possibles améliorations. S’il s’agissait pour eux de gérer la société entière, il n’y aurait pas de chambardement général, mais plutôt une libération allant de pair avec une amélioration des conditions de travail et du fonctionnement de la production et de la société dans son ensemble. 

Combattre pour la perspective d’une révolution socialiste, cela implique aussi de connaître les secteurs qui occuperont une position stratégique dans le contexte d’une situation révolutionnaire : par exemple, il sera indispensable d’avoir de notre côté les salariés de l’informatique et des télécommunications. On imagine aisément la puissance d’un comité de grève qui serait capable d’envoyer des SMS à l’ensemble des travailleurs d’une zone géographique pour les appeler à soutenir un piquet ou à se rendre à tel ou tel endroit. On peut aussi imaginer une paralysie générale de tous les instruments de surveillance numérique (géolocalisation, écoutes téléphoniques, vidéosurveillance, traçage internet, drones, etc.) utilisés par les forces de répression, un blocage de leur accès aux réseaux de communication… Les technologies utilisées par la bourgeoisie pour le maintien de son ordre social pourraient se retourner contre elle, leur mise en œuvre et leur maintenance dépendant elles aussi de travailleurs. 

Conscience de classe et parti : des problèmes actuels et urgents 

Les prolétaires sont plus nombreux qu’il y a un siècle, leur capacité à gérer la société dans son ensemble est bien plus grande qu’en 1917. La difficulté n’est donc pas de nature objective, comme certains le prétendent, mais se situe plutôt dans la sphère subjective, celle de la conscience de classe et de l’organisation politique. 

Selon les propos de la politologue Nonna Mayer, publiés en 2012 sur le site web de TNS Sofres, « En 1966, sur l’ensemble de la population, 23 % avaient le sentiment d’appartenir à la classe ouvrière et 13 % aux classes moyennes. En 2010, les proportions se sont inversées, c’est 6 % pour la classe ouvrière et 38 % pour les classes moyennes ». Cette évolution, liée à de nombreux facteurs, peut notamment s’expliquer par un plus large accès à divers biens de consommation dans la vie quotidienne (équipements high-tech, électroménager, véhicules personnels, etc.), à des produits qui étaient autrefois réservés à une élite. Pourtant, une telle évolution ne modifie rien au rapport à l’appareil de production et à l’exploitation, laquelle peut tout nous faire perdre en un rien de temps, au gré d’un licenciement. Qui plus est, l’accès à de tels équipements, que l’on peut de moins en moins assimiler à des produits de luxe tant ils sont devenus banals, s’explique moins par un « embourgeoisement » de la classe ouvrière que par les énormes gains de productivité qu’a connu le capitalisme depuis l’après-guerre. 

Le principal problème de notre époque est celui de la conscience de classe, de la compréhension par les travailleurs de leurs intérêts communs en tant que membres d’une même classe sociale exploitée. Cette situation est complexe : nombre de salariés ont bien sûr le sentiment que le gouvernement et les grands patrons vivent dans un autre monde que le leur, et qu’ils sont porteurs de tous les mauvais coups qui leur arrivent ; pourtant, cela ne suffit pas à ce qu’ils accèdent à la conscience d’appartenir en positif à une classe sociale, c’est-à-dire avec la nécessité de définir une action défensive et offensive commune. 

Les directions des syndicats et des grands partis issus du mouvement ouvrier ont une responsabilité écrasante dans ce recul de la conscience de classe, car cela fait bien longtemps qu’elles ont cessé de combattre pour que les travailleurs s’émancipent par eux-mêmes. Souvent, les directions syndicales défendent une politique hésitante et timorée, au prétexte que les salariés ne seraient pas prêts, ou qu’avec les intérimaires, « c’est plus compliqué »… Elles ont une politique de division et de démobilisation, à travers des luttes sectorielles sans volonté de construire un « tous ensemble », ou dans le cadre de négociations avec le grand patronat ou le gouvernement : en diverses occasions, leur doctrine équivaut toujours à faire comme si nous n’avions pas tous les mêmes intérêts, et comme si les travailleurs n’étaient pas assez forts pour retourner la situation à leur avantage. 

Pourtant, les travailleurs demeurent potentiellement capables de bloquer toute l’économie et de la faire fonctionner dans leur propre intérêt et celui de la collectivité. Dans cet objectif, il faut œuvrer à la reconstruction de la conscience de classe, d’organisations dont la boussole est la lutte de classe en vue de la prise du pouvoir par les travailleurs ; nous devons allier la théorie et la pratique, pour faire des expériences et éduquer les masses pour monter « à l’assaut du ciel »

Hermann pour Anticapitalisme & Révolution

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Solidarité avec le PC polonais !

Samedi 27 janvier 2018, une bonne centaine de militants, communistes et/ou internationalistes, se sont retrouvés devant l’ambassade de Pologne à Paris à l’appel de plusieurs associations parmi lesquelles les Amis d’Édward Gierek, le Comité internationaliste pour la solidarité de classe, la fédération du Pas-de-Calais du Parti communiste français et le Pôle de renaissance communiste en France.

Malaise diplomatique face à la solidarité internationale

Sont également présents un représentant de la Coordination 59 et plusieurs militants du PCRF, des Polonais de Paris, une déléguée du PC polonais, le représentant d’un PC russe, un membre du CN du PCF à titre personnel, des JCF, une personnalité communiste indonésienne, un camarade communiste italien, ainsi qu’Annie Lacroix-Riz et Georges Gastaud, soulignant ainsi le caractère international de l’événement. Des rassemblements similaires ont d’ailleurs eu lieu à Berlin, Londres, Moscou, Leningrad, Madrid, Barcelone… Des manifestants s’étonnent toutefois de l’absence inexpliquée de certains signataires de l’appel aux autorités polonaises. En dépit de demandes répétées, Tomasz Młynarski, l’ambassadeur de Pologne à Paris, a refusé de recevoir une délégation en prétextant un agenda chargé – ce qui prouve le malaise actuel du corps diplomatique polonais sur la question… Rappelons que deux militants communistes risquent deux ans de prison pour avoir… écrit des articles où ils disaient du bien de la Pologne socialiste dans Brzask, la revue du KPP !

L’Union Européenne complice

Les slogans dénoncent le fascisant président polonais Kaczynski, mais aussi la complicité de l’Union européenne qui « bénit les fascistes et traque les communistes » en multipliant les poursuites contre les dirigeants et les journalistes communistes. Les interventions se succèdent pour dénoncer la diversion anticommuniste face à une situation économique désastreuse qui a transformé le pays   en réservoir de main-d’œuvre taillable et corvéable à merci, la chasse aux sorcières qui touche aussi la Hongrie, les pays baltes, l’Ukraine, la montée de l’autoritarisme en France même (4.300 militants poursuivis pour avoir lutté contre la loi Travail). Elles pointent la fascisation qui accompagne l’intégration supranationale de l’Union européenne néolibérale, et appellent à la nécessaire solidarité internationaliste de classe qui unit les communistes par-delà les frontières.

Ovation pour le KPP

Une ovation salue la représentante du KPP lorsqu’elle prend le mégaphone. « En Pologne, on se sent parfois bien seuls, envahis par l’anticommunisme et aux prises avec la démonisation de notre passé et de la Pologne populaire », commente-t-elle. « Je suis ravie de vous voir ici. C’est un grand espoir pour nous ». Et de rappeler que « ce procès est un élément clé des répressions contre la gauche révolutionnaire et communiste en Pologne. Cette accusation est le premier instrument afin d’interdire, de délégaliser le Parti communiste polonais et de criminaliser l’idée communiste ». Le rassemblement se conclut aux accents de l’Internationale et de la Varsovienne, l’un des chants de combat de la Révolution d’Octobre.

A bientôt MM. les diplomates polonais, qui avez courageusement préféré – sans doute au nom de l’antitotalitarisme et de l’amour du “pluralisme – fermer votre ambassade plutôt que d’engager le dialogue avec les Français qui ne pensent pas comme vous !

V.F

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Enseignant.e.s en Seine-Saint-Denis, nos inquiétudes face à « l’esprit Charlie »

Sonia Taleb et Ramzi Kebaili mettent en garde dans cette tribune contre ce qui se constitue en véritable « combat » intérieur contre toute une partie de la population, enfants compris.

D’après un sondage de l’Ifop, de plus en plus de Français.es, toutes classes et catégories confondues déclarent ne pas se sentir « Charlie », et nous serions mêmes majoritaires dans notre tranche d’âge 25-34 ans. Mais la parole ne nous est jamais donnée pour expliquer sereinement notre position. Aujourd’hui, c’est moins pour revendiquer publiquement notre opposition à « l’esprit Charlie » que pour partager nos craintes d’enseignant.e.s que nous souhaitons nous exprimer.

Au début des années 2000, bien avant l’odieux attentat de janvier 2015, nous étions déjà en opposition politique avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Non pas que nous ayons un quelconque problème avec le fait de caricaturer et de moquer les religions mais nous estimions, et nous estimons toujours, que les caricatures liées à l’« islam » étaient souvent mises au service d’un projet géopolitique visant à justifier des guerres impérialistes contre des pays arabo-musulmans. Les plus emblématiques furent menées par le président néoconservateur George W. Bush contre l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003 ou par son allié israélien contre la Palestine, toutes soutenues par Philippe Val dans ses éditoriaux d’alors. Ainsi, même si les opinions étaient diverses au sein de la rédaction, la ligne éditoriale de Charlie Hebdo sous Philippe Val, qui persista malheureusement après lui, en faisait moins selon nous un journal « satirique » que politiquement situé dans le camp néoconservateur. Nous fûmes néanmoins profondément choqués par l’odieux attentat de 2015 : la liberté d’expression est un droit qui doit s’appliquer y compris et surtout lorsqu’on est en désaccord avec le propos défendu. Raison pour laquelle, à la suite des attentats, nous pensions préférable de taire nos critiques politiques à l’égard de Charlie Hebdo.

« L’esprit Charlie », qui devint le temps d’un jour « esprit du 11 janvier », prit pourtant une tournure de plus en plus inquiétante. Nos dirigeants politiques (et notamment le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls) ne tardèrent pas à instrumentaliser le drame des attentats pour restreindre drastiquement la liberté d’expression puis, quelques mois plus tard, les libertés publiques avec l’instauration de l’état d’urgence. Comme l’explique Élisabeth Badinter, aujourd’hui tout le monde « doit » être Charlie, toute pensée discordante étant suspecte a priori. Sommes-nous visés, comme 39 % des Français ? Probablement. Mais, en tant qu’enseignant.e.s, nous ne pouvons ignorer que les principales cibles de cette campagne d’injonction autoritaire restent nos propres élèves.

Une parole bénéfique n’est pas une parole forcée

En effet, dès janvier 2015, le ministère de l’Éducation nationale nous a pour ainsi dire ordonné d’organiser des discussions avec nos élèves au sujet de l’attentat. Une telle entreprise pouvait paraître psychologiquement hasardeuse : une parole bénéfique n’est pas une parole forcée, a fortiori quand on a face à soi des enfants ou des adolescents. Nous avons pourtant mené à bien ces discussions. En laissant les élèves exprimer ce qu’ils avaient compris des attentats et ce qu’ils souhaitaient confier de leurs peurs. En les laissant également dire ce que leur inspirait « Charlie Hebdo ». Une fois les paroles librement exprimées, nous avons joué notre rôle en expliquant qu’aucun désaccord ne pouvait justifier un meurtre. Les élèves, dans leur pluralité, ceux qui exprimaient un point de vue critique sur les opinions politiques de Charlie Hebdo ou qui ne connaissaient pas ce journal, les quelques-uns qui estimaient que certains propos devraient être condamnés par la justice ou les rares qui appréciaient le journal, tous ces élèves se rejoignaient sur ce constat : rien ne justifiait l’action des assassins ayant ensanglanté la rédaction de Charlie Hebdo. Les discussions s’étaient – et se sont depuis trois ans – très bien déroulées.

Quelle ne fut pas notre surprise de voir très vite les médias évoquer des « centaines » d’ « incidents » qui auraient été dénoncés à leur hiérarchie par des enseignants, en braquant au fil des mois les projecteurs sur notre département. Les paroles d’élèves qui n’épousaient pas la ligne idéologique de Charlie Hebdo étaient-elles traitées comme justifiant, d’une manière ou d’une autre, les attentats ? Des élèves avaient-ils été renvoyés à leur appartenance religieuse réelle ou supposée dès lors qu’ils semblaient exprimer une opposition parfois bancale – une opposition d’enfants ! – au contenu d’un journal ? Quelques semaines après les attentats, nous apprenions que des écoliers avaient été traînés au commissariat pour « apologie du terrorisme », sur délation de leur établissement scolaire.

Nous ne contestons pas que des enseignants aient pu rencontrer des difficultés avec leurs élèves. Encore faudrait-il savoir comment s’est déroulé leur cours. Si quelques-uns ont engagé leurs élèves à « être Charlie » en éludant les interrogations légitimes sur la signification confuse d’une telle formule, voire en coupant court à toute parole critique sur le positionnement idéologique du journal, ne peut-on pas considérer que les difficultés viennent du fait d’avoir rompu une neutralité qu’en tant qu’enseignants, nous nous devons de respecter ? On se demande ce qu’ont pu vivre et ressentir les élèves de cette enseignante s’exprimant régulièrement dans les médias, qui proclamait il y a un an « Soyez Charlie ou quittez la France ».

Dérive belliciste

Loin de nous l’idée de généraliser, simplement nous savons que, depuis des années, une poignée d’acteurs du système éducatif et de relais institutionnels mal intentionnés n’ont de cesse de dresser un portrait monstrueux des jeunes « de banlieue », « arabes » ou « musulmans » qui seraient soumis à des pulsions « ethno-culturelles » antisémites, sexistes et homophobes. Ces clichés sont notamment véhiculés par l’ouvrage très controversé Les Territoires perdus de la République paru en 2002 [1], préfacé et dirigé Georges Bensoussan qui n’a pas hésité à affirmer publiquement que « dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère ». Peut-on imaginer le traumatisme subi par des enfants régulièrement confrontés à des propos racistes du même acabit [2] tenus à leur sujet ?

« L’esprit Charlie » semble ainsi constituer un véritable « combat » intérieur contre toute une partie de la population, enfants compris. Si l’on peut certes se contenter de ne pas lire les éditoriaux de plus en plus délirants de Riss – accusant par exemple les femmes portant le voile ou les boulangers musulmans de soutenir le terrorisme [3] – on ne peut en revanche ignorer que des personnalités politiques ou intellectuelles reprennent publiquement ce type de discours effrayants.

Cette dérive belliciste s’est une nouvelle fois illustrée lors du meeting politique « Toujours Charlie : de la mémoire au combat » organisé samedi 6 janvier en présence de figures politiques, associatives et de journalistes, lors duquel notre département et ses habitants ont été une fois de plus pointés du doigt. Aucune parole contradictoire n’a pu s’exprimer face à ces défenseurs autoproclamés de la « liberté d’expression ». La propagande déversée par le Printemps républicain et ses alliés, qui partagent un même déni de l’islamophobie, a plusieurs fois fustigé les élèves et les étudiants de la République en instrumentalisant ad nauseam la laïcité et les « valeurs de la République », dont la transmission semblait se résumer à un slogan, bien éloigné de tout esprit républicain : on « DOIT être Charlie ».

Or l’une des associations organisatrices de ce meeting, la Licra, est liée par un partenariat au ministère de l’Éducation nationale et mène, à ce titre, des actions auprès des élèves et des enseignants sur la prévention du racisme, sur la laïcité ou encore sur l’exercice de la citoyenneté. Cette association, qui se complaît manifestement dans son rôle de pompier pyromane, peut-elle décemment jouer ce rôle au sein de l’école de la République, auprès de nos élèves ? Une telle situation devient décidément de plus en plus préoccupante pour nos enfants.

//////////

[1] Cet ouvrage a d’ailleurs fait l’objet d’un documentaire opportunément sorti après les attentats contre Charlie Hebdo, dont on peut trouver une analyse critique ici.

[2] Par exemple Caroline Fourest évoqua sur un plateau de télévision « les familles musulmanes [qui] demandent à ce qu’on n’enseigne pas la Shoah » en citant comme source… l’ouvrage de Bensoussan.

[3] Voir à ce sujet cette vidéo.

PAR RAMZI KEBAILI ET SONIA TALEB  dans Politis.

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Macron, piège à cons

On ne peut pas voter pour Marine Le Pen pour des raisons évidentes, qu’il n’est pas utile de développer ici. Mais ceux qui pensent voter Macron avec la bonne conscience de s’opposer à un quelconque « fascisme » se trompent lourdement. Ce ne sont pas les rêveries pseudo révolutionnaires qui font le fascisme, c’est la volonté de l’oligarchie financière de commander sans partage. Le représentant, aujourd’hui, sous nos yeux, de cette oligarchie financière s’appelle Emmanuel Macron.

Comment peut-on s’apercevoir qu’il est l’homme de l’oligarchie ? Simplement en ouvrant les yeux sur ceux qui le soutiennent. La presse, qui est gérée par l’oligarchie, et ses principaux éditorialistes, n’ont que des mots d’amour à son égard tout en listant soigneusement ses ralliements. Pis, ils s’offusquent de ce que certains, tels Jean-Luc Mélenchon, osent ne pas se soumettre.

Macron se voit entouré de tout ce que la politique anti populaire, depuis cinquante ans, a pu créer comme  dirigeants réactionnaires, c’est-à-dire toute la droite, toute la gauche, tout le centre ! On peut ajouter des « antifascistes »  bien connu comme Gattaz, président du Medef ou Laurence Parisot, qui en est l’ancienne présidente. Bonjour le progrès social !

Vous avez sans doute remarqué que notre petit banquier gère les ralliements sur le mode psychorigide : il n’envisage aucune négociation programmatique. Mieux, il nous a expliqué qu’il gouvernerait par ordonnances. Tous ceux qui s’apprêtent à voter pour lui en se réservant pour les élections législatives peuvent déjà commencer à pleurer.

Macron représente non seulement l’oligarchie en France mais aussi l’oligarchie mondialisée : il a été faire  allégeance à Berlin, à New-York, à Tel-Aviv, à l’Otan. Il a aussi déclaré qu’il interviendrait en Syrie, même sans mandat de l’ONU, tout en affirmant son hostilité à la Russie.

Évidemment, il s’enthousiasme pour l’Union Européenne, qui est précisément le syndicat de l’oligarchie, et il soutient la mondialisation, les deux mâchoires à broyer les intérêts populaires.

Les élections, organisées par la bourgeoisie, avaient pour but de nous demander de choisir un Président, mais sans nous permettre de choisir sa politique : on l’a clairement vu lorsque, pour se débarrasser de Sarkozy, François Hollande fut élu. On a vite compris qu’il a fait pire. Cette élection est une nouveauté, parce que le candidat explique clairement sa politique : « je vous écraserai… » La moindre des choses est de répondre : « sans moi ! »

DR

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La guerre est devenue un moyen de gouverner

Les gouvernements actuels suivent à la lettre la leçon de Bush. C’est comme chefs de guerre que les gouvernants créent le mieux l’adhésion. Face au chômage, il faut inventer des solutions et affronter la logique du profit. Quand on prend l’uniforme du chef de guerre, c’est tout de suite beaucoup plus facile, surtout dans un pays dont l’armée reste malgré tout l’une des mieux entraînées du monde.

Le lendemain des attentats coordonnés, perpétrés dans Paris le 13 novembre 2015, le gouvernement français a naturellement déclaré l’état d’urgence. Sous cet état d’exception, la police et d’autres institutions, notamment le ministère de l’Intérieur et les préfets (représentants locaux de l’État) se sont vues conférer un large éventail de pouvoirs, dont celui de perquisitionner des logements de jour comme de nuit et d’émettre des arrêtés d’assignation à résidence sans que l’autorisation d’un juge soit nécessaire.

L’état d’urgence a été prolongé de trois mois, une première fois le 26 novembre 2015, puis de nouveau le 26 février 2016, et de deux mois le 26 mai 2016. Il a depuis été régulièrement prolongé, officiellement dans le but de couvrir la période des élections nationales, prévues en avril-mai 2017.

« Rien ne sera plus comme avant » avaient déclaré certains journalistes et hommes politiques après les attentats qui ont frappé la France. L’intensification des politiques et pratiques sécuritaires préexistantes ne s’est pas fait attendre. Mise en accusation des salafistes, des musulman-e-s, de l’islam ou des immigrés en général. À la parole des politiques, s’est joint l’acte… policier. Selon les chiffres publiés le 6 décembre 2016 par le gouvernement, depuis novembre 2015, 4.292 perquisitions de domiciles avaient été menées et 612 personnes avaient été assignées à résidence (et 434 personnes affectées). Par ailleurs, en décembre 2016, 95 personnes étaient encore assignées à résidence. Rappelons qu’en février 2016, Amnesty International a rapporté que moins de 1 % des perquisitions de domiciles menées entre novembre 2015 et février 2016 (soit plus de 3.000) avaient donné lieu, au regard de la législation française, à des chefs d’accusation pour activités à caractère terroriste (excepté les infractions pour « apologie du terrorisme »), ce qui révèle à quel point cette mesure était disproportionnée…

La situation des migrants s’en est naturellement ressentie et les politiques orchestrées en la matière par l’Union européenne tendent à organiser les contrôles abusifs, la destruction des bateaux, les rafles et les chasses à l’homme avec leurs corollaires : enfermement de milliers d’êtres humains, absence d’accès aux droits les plus élémentaires, expulsions, refoulements, harcèlement, isolement.

Ces politiques et leur relais dans les médias construisent dans la population un imaginaire d’une Europe assaillie par un danger migratoire. Tout ceci pousse à un racisme de plus en plus décomplexé, assumé et revendiqué. Les passages à l’acte (violence raciste, organisations de riverains voulant « faire justice eux-mêmes », manifestations et émeutes, tabassages, expulsions illégales, menaces) sont de plus en plus fréquents. Les pouvoirs publics et leurs forces de police au mieux ferment les yeux sur la situation, au pire poussent à ces passages à l’acte qui leur facilitent la tâche et correspondent à des objectifs politiques.

Bien entendu, les causes des migrations et les causes de leur visibilité actuelle, dont les pays européens sont directement et évidemment responsables, ne sont jamais énoncées dans les discours sur les migrations actuelles. La France était pourtant en guerre bien avant les attentats, lesquels ont largement servi de prétexte à intensifier ces engagements militaires. Ces dernières années, l’armée française est intervenue massivement en Afrique. La guerre est ainsi devenue un des derniers points forts des derniers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy avec l’opération Harmattan en Libye mais aussi avec le passage à l’offensive de la force Licorne en Côte d’Ivoire pour faire tomber le régime de Laurent Gbagbo. Marchant dans les pas de son prédécesseur, François Hollande endosse pleinement le costume de chef des armées. L’opération Serval au Mali en 2013 qui se métastase à partir de l’été 2014 dans les pays de la sous-région avec l’opération Barkhane est emblématique du retour en force du militaire comme pilier de l’influence française dans ses anciennes colonies africaines. Sangaris, en République centrafricaine, vient conforter cette politique.  Présentées officiellement comme des victoires, ces interventions posent en réalité éminemment question.

L’intervention en Libye a eu des répercussions particulièrement néfastes sur le Mali. Dans ce pays, la France est intervenue pour combattre les groupes armés implantés dans le nord mais a, dans le même temps, remis en selle le Mouvement national pour la Libération de l’Azawad (MNLA), pourtant à l’origine de la crise. Avec Barkhane, et au nom de la « guerre contre le terrorisme », l’armée française est désormais durablement implantée au Burkina Faso et au Niger, tout en relégitimant la dictature d’Idriss Déby au Tchad en en faisant le point nodal de ses guerres africaines. Enfin, en Centrafrique, la France s’est embourbée dans une guerre civile d’une rare violence dont elle était en même temps juge et partie.

Ces conflits doivent être désignés par leur nom : ce sont des guerres d’ingérence impérialiste. La France n’a aucun « rôle positif » dans ces interventions, malgré ses prétentions puisées à l’ancien répertoire colonial. Le discours belliciste entend anesthésier et tétaniser la population. Pourtant, comment ne pas rappeler les désastres que sèment ces guerres, les millions de morts, de blessés et de déplacés, la misère, le désespoir jetant les populations sur les routes, tandis que s’enrichissent les profiteurs de guerre, les multinationales vendeuses d’armes – la France tenant en la matière le quatrième rang mondial. Ce sont aussi des dépenses colossales, qui détournent l’argent public de dépenses sociales, culturelles et écologiques vitales. De surcroît, l’État qui mène ces guerres, en pompier pyromane, nous entraîne dans une spirale infernale ayant pour effet de renforcer la haine qui débouchera sur d’autres attentats. Les Rafale tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan ou de Nice. Ces bombardements sont des bombes à retardement.

L’état de guerre proclamé encourage les peurs et crée la division. Le gouvernement socialiste a sapé l’État de droit et les droits humains, entretenant le racisme et la xénophobie tout en semant les germes de nouvelles violences et de nouveaux conflits. Les discours alarmistes et anxiogènes déclamés ici et là ainsi que la désignation d’ennemis intérieurs ont servi et servirons encore à légitimer des mesures disproportionnées qui portent atteinte aux droits fondamentaux, dans le but de mieux contrôler la population. La guerre est désormais devenue un moyen de gouverner ; elle est aussi une guerre sociale.

Capitaine Martin

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2016 : une année parmi les plus meurtrières pour les jeunes Palestiniens des territoires occupés

L’année 2016 restera comme l’année au cours de laquelle Israël a tué le plus de mineurs au cours de la dernière décennie en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. C’est ce que nous apprend le rapport de l’organisation non gouvernementale « Defence for Children International-Palestine » (DCIP) publié la semaine dernière. Selon ce dernier, ce ne sont pas moins de trente-et-un jeunes Palestiniens qui ont été tués par l’armée israélienne cette année. Le dernier en date, Farid Ziyad Atta al-Bayed, était à peine âgé de quinze ans. Il est décédé le 23 décembre après 69 jours de coma. Faris avait été blessé le 15 octobre dernier lors d’affrontements avec l’armée survenus dans le camp de réfugiés de Jalazoun, non loin de Ramallah.

L’ONG s’est ému dans son rapport qu’aucun soldat n’ait été inquiété par les autorités israéliennes pour les morts qu’ils ont commises. Ce n’est malheureusement pas une surprise… Au cours des trois dernières années, un seul militaire a fait l’objet d’une enquête en bonne et due forme. « Les forces israéliennes font depuis 2014 davantage usage de répression pour contenir les manifestations », accuse Ayed Abu Eqtaish, un des directeurs de programme de l’ONG.

La propension des militaires israéliens à avoir la gâchette facile est apparue au grand jour au cours du dernier mois de l’année écoulée. Le 18 décembre, Ahmad Hazem Atta Zeidani (19 ans) était tué dans le village cisjordanien de Beit Rima (nord-ouest de Ramallah) au cours d’affrontements nocturnes avec les forces d’occupation. Fahmi Juweilis a connu un sort meilleur ; il a survécu bien qu’il ait été touché le 14 décembre à la tête par un projectile durant le trajet qui séparait son domicile de l’école. Fahmi a été victime d’une balle perdue. Les militaires visaient en réalité un autre Palestinien suspecté d’avoir voulu les frapper plus tôt avec un couteau à Jérusalem.

L’OCHA (bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies) rapporte que l’armée israélienne a blessé pas moins de onze enfants entre le 29 novembre et le 12 décembre 2016 au cours d’affrontements avec des Palestiniens en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza (81 enfants ont été blessés au cours de l’année 2016 selon les données recueillies par le DCIP. La presse palestinienne affirme quant à elle que les secours sont, dans de nombreux cas où de jeunes Palestiniens ont été blessés ou tués, intentionnellement ralentis par l’armée d’occupation.

Les plus âgés ne sont guère mieux lotis. Jihan Mohammed Hashimeh, Palestinienne de 35 ans, circulait entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée lorsqu’elle a été prise à partie par les tirs des soldats israéliens. Alors qu’elle approchait du point de passage de Qalandia sur une voie destinée aux véhicules, les soldats lui ont tiré dessus à plusieurs reprises pour une raison inconnue, la blessant grièvement. Gisant sur le sol, elle a été laissée une heure durant sans aide, baignant dans son sang. On voit sur une vidéo la victime couchée sur le sol, les bras en l’air, juste après avoir essuyé les tirs de l’armée israélienne. Originaire de Jérusalem-Est, Jihan Mohammed Hashimeh tentait vraisemblablement de rentrer chez elle.

Depuis octobre 2015, il y a eu plus de 150 cas dans lesquels les forces de sécurité ont ouvert le feu et tué des adultes et des enfants palestiniens soupçonnés d’avoir tenté de poignarder, de percuter avec un véhicule ou de tirer sur des Israéliens en Israël et en Cisjordanie. Lors de la même période, des assaillants palestiniens ont tué 33 Israéliens, dont des passants et des responsables de la sécurité, en Israël et en Cisjordanie.

L’inflexibilité montrée par les autorités israéliennes à l’encontre des Palestiniens diminue curieusement lorsque les Israéliens eux-mêmes sont mis en cause. Le cas du sergent Elor Azarya est emblématique. Ce jeune sous-officier a tué par balles un Palestinien âgé de 21 ans dans la ville de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, le 24 mars 2016. Un enregistrement vidéo largement diffusé sur Internet montre Azaria, qui possède les nationalités israélienne et française, tirant une balle dans la tête d’Abdul Fatah al-Sharif lorsque ce dernier gît à terre, ne posant de toute évidence aucune menace. Elor Azaria, après quelques jours passés en prison militaire, est depuis confiné sur sa base, avec interdiction de porter des armes et d’entrer en contact avec des témoins. Il a même bénéficié de deux jours de permission pour célébrer en famille la Pâque juive. Quelques heures après le verdict d’un tribunal militaire israélien, qui a reconnu, mercredi 4 janvier, coupable d’homicide un soldat franco-israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahou n’a pas tardé à réagir. Il souhaite que le soldat, accusé d’avoir achevé un assaillant palestinien blessé, bénéficie d’une grâce.

L’année 2016 restera aussi marquée comme celle où l’on a enregistré un nombre record d’incursions d’extrémistes israéliens de droite sur l’esplanade des mosquées. Le porte-parole de l’Organisation des biens religieux (waqf), Firas Al-Dibs, a recensé 14.806 incursions de colons durant l’année écoulée, avec une pointe en octobre (2.856 incursions). Beaucoup de Palestinien-ne-s craignent finalement que les incursions visent, en tant qu’étape préliminaire, à changer le statu quo de longue date du complexe d’Al-Aqsa. Déjà, les forces d’occupation israéliennes ont interdit l’accès à la mosquée aux fidèles musulman-e-s pendant certaines fêtes juives, Israël célébrant actuellement le début de la nouvelle année juive.

Israël se sera donc surpassée. Le point essentiel qu’il faut retenir est que les crimes de l’entité sioniste ne sont pas des « aberrations ». Ce ne sont pas les agissements de quelques généraux à la gâchette facile ou d’un gouvernement particulièrement de droite. Il s’agit ici d’une législation de droit commun et de politiques maintenues par l’État depuis des décennies. Le sionisme porte en lui tous les germes du crime.

Capitaine Martin

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À propos des Panama Papers

À propos des Panama PapersC’est formidable : des journalistes d’investigation ont su aller pêcher onze millions de documents dans les ordinateurs d’un cabinet d’avocats qui montrent la corruption de quantité de particuliers et de sociétés qui vont se camoufler dans les banques de ce paradis fiscal qu’est le Panama. La presse atlantiste exulte et étale ces révélations avec enthousiasme. En effet, le sens est clair : quand on est malhonnête, il y a toujours un « lanceur d’alerte » pour dénoncer ces vauriens. Cela montre que le système est sain et qu’il est capable de s’autoréguler !

Mais il y a un problème parce que, sans enquêter plus en détails et rien qu’à lire la presse, regarder la télé ou écouter la radio, une chose est claire : ceux qui se sont fait prendre la main dans le sac sont aussi ceux que les Étasuniens classent parmi leurs ennemis, à commencer par Vladimir Poutine (enfin pas lui directement, il est trop malin, mais son entourage). Mais aussi Bachar El Assad, le Hezbollah, et quelques autres. On trouve aussi ce que les Étasuniens classent parmi leurs « amis »… mais pas très sûrs, comme Davis Cameron (embrouillé dans le Brexit) ou le président ukrainien Petro Porochenko (incapable de répondre aux attentes étasuniennes). Mais aussi la FIFA, détestée des Étasuniens pour avoir eu l’outrecuidance de ne pas organiser de coupe du monde chez eux et qui n’a eu de cesse d’être attaquée depuis. Mais dans la liste, il n’y a surtout aucune société étasunienne, ni aucun ressortissant étasunien. Ainsi, détenir le passeport américain conférerait comme par automaticité une honnêteté exemplaire… Si on a le droit d’y croire, on peut aussi penser qu’il y a là une stratégie anglo-saxonne.

D’abord, on peut remarquer que les soi-disant « journalistes d’investigation » qui ont sorti l’affaire (le consortium international des journalistes d’investigation, ICIJ in english) font partie d’une organisation qui est présentée dans une délicieuse vidéo du journal Le Monde, comme ayant vocation à enquêter sur les errements des puissants. La question du financement est bien entendu abordée mais elle ne se résume qu’à l’existence de « mécènes », sans plus de précisions. Pourtant, cette question du financement est importante. En fait, l’ICIP est une émanation du « Centre pour l’intégrité publique », qui est financé par Georges Soros (celui qui, entre autre, a financé le coup d’État en Ukraine et l’attaque contre la Grèce), mais aussi la fondation Ford (l’automobile), Rockefeller (le pétrole), Kellogg’s (les céréales), et quelques autres du même acabit ! N’en doutons pas, avec de tels sponsors, l’honnêteté et les valeurs morales sont au rendez-vous ! Notons au passage que deux membres français de l’ICIJ sont aussi salariés de Médiapart : Fabrice Arfi et Karl Laske.

On peut donc voir que les révélations des « Panama Papers » entrent dans une stratégie étasunienne. Elle est à plusieurs niveaux. Le premier niveau consiste à discréditer les paradis fiscaux qui ne proviennent pas de l’aire anglo-saxonne. Souvenons-nous des attaques contre les banques suisses, lesquelles ont été contraintes d’abandonner (en partie) leur « secret bancaire » suite à plusieurs révélations. Souvenons-nous aussi de l’attaque contre les banques chypriotes qui ont ratissé les comptes de leurs riches clients.

Mais aucune « révélation » n’est venu secouer la City de Londres ! Pourtant, cette City n’est pas un simple quartier de Londres où siègent les grandes banques britanniques. C’est en fait un véritable État indépendant avec ses propres lois, en particulier dans les domaines économique et fiscal ! Il semble même que ce soit le premier paradis fiscal au monde ! Personne ne dénonce davantage les îles « anglo-normandes », Jersey et Guernesey qui ne sont bizarrement pas des territoires britanniques. Ces îles dépendent directement de la reine d’Angleterre et ne sont donc ni britanniques, ni même européennes.

Évidemment, quel est le journaliste d’investigation qui nous parlera de l’autre paradis fiscal qu’est le petit État du Delaware, aussi important que la City, idéalement situé entre New-York et Washington ? L’affaire est basique : les Étasuniens veulent liquider tous les paradis fiscaux qui ne sont pas anglo-saxons.

Évidemment, nous ne sommes pas en train de défendre les paradis fiscaux, mais ils existent, et ils peuvent se montrer bien utiles. Il faut se souvenir de la Libye de Mouammar Kadhafi qui a vu ses avoirs purement et simplement confisqués quand ils étaient déposés dans des banques européennes ou étasuniennes ! Une bonne petite zone franche que sont aussi les paradis fiscaux aurait été la bienvenue. Un exemple : comment peut faire le Hezbollah pour gérer son argent s’il doit faire confiance à des banques occidentales qui soutiennent Israël ? Ou le gouvernement syrien, victime du blocus occidental ? Au nom de quelle moralité faudrait-il que les paradis fiscaux soient exclusivement anglo-saxons ?

Mais il y aurait une autre raison aux révélations des « Panama Papers ». Le Réseau Voltaire a publié un article sur le sujet. Des économistes étasuniens, dont une dénommée Christina Romer (qui occupe un poste clé de conseillère économique à la Maison Blanche) estiment que le redressement économique après la crise de 29 n’a pour origine ni le New Deal de Roosevelt, ni la Seconde Guerre mondiale, mais provient de l’afflux des capitaux européens à partir de 1936, qui étaient dus autant aux préparatifs de guerre de l’Allemagne qu’aux mouvements sociaux. Alors, l’idée qu’ont eue les Étatsuniens pour surmonter leurs difficultés économiques actuelles (parmi lesquelles leur dette immense) a été de déstabiliser suffisamment les pays européens pour que les capitaux aillent se réfugier dans leurs propres banques. Les Panama Papers y contribuent (avec l’aimable complicité de la presse du capital !) tout comme, en vrac, la « crise des migrants » (organisée avec la complicité de la Turquie), les attentats récents, les amendes que furent contraintes de verser des banques et entreprises (entre autres) françaises, et toutes sortes d’autres manipulations.

Enfin, les « Panama Papers » constituent une bombe à retardement, tous les documents n’ayant visiblement pas encore été exploités dans leur totalité. On peut donc parier que certaines entreprises européennes et des personnalités sont prêtes à tous les compromis… pourvu que leurs noms n’apparaissent jamais !

Une fois de plus, les prétentions vertueuses de notre presse, qu’on peut bien qualifier de pourrie, cache parfois (sinon toujours) de bien vilaines choses.

D.R.

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La libération de la femme ne passe pas par la minijupe

La libération de la femme ne passe pas par la minijupeIl nous est arrivé au moins mille fois, en marchant dans la rue ou en feuilletant une revue, de tomber sur une publicité mettant en scène de jeunes garçons ou de jeunes filles. On pourrait presque dire qu’il n’y a plus lieu de s’indigner, tant le phénomène est répandu.

Il convient pourtant d’analyser ce dernier très attentivement, surtout lorsqu’il s’agit de faire de la publicité en mettant en scène des femmes nues ou légèrement vêtues, car cette façon de concevoir la femme est tout simplement dégradant pour les deux sexes, masculin et féminin. Le but est bien évidemment de provoquer pour choquer et pouvoir ainsi mieux vendre le produit.

La femme, objet sexuel, doit attirer le regard du public sur la publicité, bien que n’ayant aucun rapport avec le produit ou le service (imprimante, voiture…). Elle est de plus en plus souvent représentée de façon provocante, dans des postures suggestives, à demi dénudée ou totalement nue, la demi-nudité n’étant pas toujours la plus licencieuse. Les poses sont souvent dégradantes ou indécentes : lascivité exagérée, impudeur, geste équivoque, pornographie…

Ces derniers mois, la nudité de la femme apparaît de plus en plus fréquemment et souvent dans des situations provocantes et équivoques. La publicité nous apporte de plus en plus d’agressivité, de scènes crues, dures, violentes. C’est la femme elle-même qui est parfois représentée comme un être violent et cynique. Dans le domaine de la mode, des parfums et des accessoires de luxe, la tendance est à la notoriété de la marque avant celle du produit. On fait appel maintenant à d’éminents photographes, l’esthétique des images est parfaite. Mais sous le couvert de « création artistique » il y a une surenchère dans l’indécence, la provocation voire la violence, et les limites sont souvent dépassées. On retrouve dans tous les pays européens les mêmes publicités et les mêmes tendances, sachant que les grands annonceurs sont en général de grandes firmes internationales.

Le « pornographisme » de la publicité n’utilise pas que la nudité féminine ; il met également en scène la soumission des femmes et leur asservissement sexuel. Le produit promu est associé à l’accès sexuel des femmes. Le « porno chic » joue sur tous les tabous, y compris sur celui de la pédophilie : des gamines utilisées comme mannequins sont agenouillées, jambes écartées, seins dénudés (Sisley), léchant une sucette (Lee). La « vogue sex-shop de la publicité » a été la marque de commerce de groupes comme Gaultier, Helmut Lang et Mugler. Mais aussi des marques de luxe Gucci, Versace, Dior ou Vuitton.

Les magazines pour femmes et pour adolescentes multiplient les dossiers racoleurs autour du sexe. Ces derniers véhiculent des codes et des messages à caractère clairement affichés comme sexuels voire « pornographiques ». La pornographie étant présentée comme « la » nouvelle norme de libération sexuelle des femmes voire des jeunes filles. Le sociologue remarque avec justesse : « les magazines féminins véhiculent un message sur la sexualité qui est loin d’être subtil. C’est, en substance, le suivant : presque tout le monde sauf vous a une vie sexuelle fascinante et variée. Adoptez d’autres positions sexuelles, apprenez à aimer les actes sexuels vus dans la pornographie, amusez-vous avec les gadgets sexuels et vous connaîtrez l’épanouissement sexuel » (Richard Poulain in Apparence, hypersexualisation et pornographie).

Toutefois, le monde de la publicité n’est rien de plus que la partie émergée d’un autre phénomène encore plus déroutant : les concours de beauté pour enfants. Si, en France, ils sont désormais interdits pour les moins de treize ans et soumis à autorisation préfectorale pour les 13-16 ans, il suffit de taper les mots clés « concours mini miss usa » sur You tube pour accéder à une flopée de vidéos évocatrices du phénomène. Dès leur plus jeune âge, parfois quelques mois seulement, les fillettes sont présentées à un jury et rivalisent de strass, de sourires et de bisous pour séduire et remporter le sacre de la reine suprême de beauté.

Les parents perçoivent ces concours comme une activité quelconque, au même titre qu’un sport par exemple. Ils y voient parfois une possibilité pour leur fille de s’émanciper et se socialiser. Mais si le jeu est une activité essentielle chez l’enfant parce qu’il sollicite sa créativité et son imagination tout en développant sa capacité physique, que dire des défilés en talons hauts pointure 29, robe affriolante et démarche déhanchée ? La frontière entre le monde enfantin et adulte tombe et les repères de l’enfant s’en trouvent bouleversés. Il est évident que ces spectacles n’ont pas été conçus pour les plus petits, mais comme des produits de consommation destinés à rapporter le plus d’argent possible à leurs organisateurs. L’enfant et sa famille sont ici des objets jetables. Car ici, respect de l’adversaire ou coopération ne figurent pas vraiment au programme. La pression est parfois portée à son comble comme par exemple, lors des cérémonies de « découronnement » durant lesquelles les lauréates de l’année précédente remettent leur titre en jeu. Au moment de se défaire de leur couronne, ces “reines” d’un temps sombrent souvent en larmes. Sans compter les pleurs de celles qui n’accèdent jamais au podium. Avec des conséquences néfastes liés à ces échecs : « ils sont sources d’une perte de l’estime de soi et d’une culpabilité chez nombre d’enfants perdants, autour d’une faute tout à fait imaginaire (ne pas être la plus belle) », explique Jean-Yves Hayez.

L’hypersexualisation de notre société qui n’hésite plus à diffuser les codes de la pornographie sur les écrans comme sur les murs, a des conséquences culturelles et sociales rarement soulignées. Elle véhicule une image dégradante de la femme et ce, quel que soit son âge. Cette image est associée à celle du mâle dominant, ce qui va à l’encore des comportements égalitaires et respectueux dans les couples… et la vie en générale.

Capitaine Martin

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Il nous faudrait plus d’Europe ? Sans blague !

Il nous faudrait plus d’Europe ? Sans blague !Problèmes de démocratie ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes d’intégration ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes économiques ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes sociaux ? « Il faut plus d’Europe ». Le mot Europe est devenu un vrai joker. Lorsqu’on manque de quelque chose, il suffit d’ajouter le mot Europe et le discours devient subitement cohérent.

Chacun d’entre nous peut donner le sens qu’il souhaite au mot Europe. De toute manière, aucun dictionnaire ne peut en donner une signification exacte si ce n’est la définition géographique.

Qu’est-ce que l’Europe ? Évitons, faute de temps, de retracer les derniers millénaires d’histoire et limitons-nous uniquement au XXème siècle et aux premières années de ce XXIème siècle.

Dans la seule première moitié du XXème siècle, l’Europe du capital a déclenché les deux pires guerres que notre planète n’ait jamais connues : la Première et la Seconde Guerre mondiale. Au cours des années suivantes, sans nous arrêter sur les politiques coloniales menées et encore appliquées par certains pays européens, l’Europe a été le terrain d’affrontements entre deux pays non européens, les États-Unis et l’Union soviétique. Les États-Unis ont lancé le plan Marshall puis la machine militaire de l’OTAN pour placer l’Europe de l’ouest dans leur sphère d’influence, obligeant l’URSS (qui souhaitait à l’origine une zone-tampon constituée d’États neutres et démilitarisés entre elle et la France) à créer un glacis de pays socialistes, puis le pacte de Varsovie.

Avec la chute de l’Union Soviétique, l’Union européenne a pris un malin plaisir à faire exploser un des États européens les plus complexes, la Yougoslavie. Les bombardements et les massacres commis avec l’assentiment voire la collaboration active de nos « amis étasuniens » ont créé les bases culturelles d’une Europe qui se rapproche de celle du XXIème siècle.

La déstabilisation concomitante de toute une région a engendré le processus de balkanisation de toute une région et attisé les haines, ethnique et religieuse. Une « victoire » à mettre au crédit de l’Europe du capital…

Derniers exemples en date : la Libye et les bombardements qui ont mis fin aux progrès économiques initiés par la Jamahiriya, la tentative de déstabilisation de la Syrie (à des fins humanitaires, cela va de soi…) ou encore l’appui des nazis et des fascistes ukrainiens qui massacrent leur propres concitoyens dans l’est du pays pour rendre service à quelques fanatiques occidentaux.

Dans les moments de grande difficulté interne, le comportement européen est encore plus embarrassant. Un pays (par exemple la Grèce) souffre économiquement ? Ce sera le moment de se présenter sur place en position de force et de le contraindre à brader son propre patrimoine. Un pays est en difficulté face à l’afflux de migrants qui fuient « l’arrivée de la démocratie » apportée par les États-Unis et l’Union européenne ? Laissons-le se débrouiller. Et, depuis une quelconque conférence de presse dans un quelconque palais de verre à Strasbourg ou Bruxelles, nous l’accuserons de nazisme et de fascisme puisqu’il doit affronter seul un problème plus grand que lui.

Honnêtement, quelle Europe souhaitons-nous maintenant ? Une Union Européenne supranationale « sociale » qui n’existe pas à l’évidence, ou une construction internationaliste qui laisse à chaque Nation sa souveraineté (comme le fait l’ALBA en Amérique Latine !) en poursuivant l’œuvre des  humanistes, du refus de la guerre impérialiste porté par Jaurès et les bolcheviks, de la Révolution russe (que Lénine lui-même présentait comme une sortie de l’Asie, à l’époque totalement arriérée, et une entrée dans l’Europe  des Lumières), de la résistance antifasciste et de l’anticolonialisme.

Imaginez si un Australien se réveillait demain avec l’idée saugrenue qu’il faille plus d’Océanie… Tout le monde se demanderait à quoi cela servirait. Il serait peut-être temps, lorsqu’on entend la fameuse ritournelle selon laquelle « il faudrait plus d’Europe », de se demander de quelle Europe il s’agit au juste.

Capitaine Martin

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Volkswagen : d’où vient la triche ?

Volkswagen : d’où vient la triche ?Selon les médias (ici 20 minutes), la triche de Volkswagen aurait pour origine quelques développeurs informatiques qui ont bricolé, sans rien dire à personne, ce logiciel tricheur qui aurait été installé sur des millions de véhicules. Un peu difficile à croire, mais pas pour Le Monde, qui a une drôle d’explication : la direction de Volkswagen ne savait rien, parce que personne ne lui avait rien dit en raison de la terreur qu’elle inspire (comme en Corée du Nord, selon Le Monde, qui n’est pas à une petite perfidie près).

Pourtant, il y a bien eu un bureau d’études de Volkswagen qui a imaginé un bon moteur ! Ces concepteurs l’ont conçu, testé, éprouvé, et comme les plans sont parvenus jusqu’aux ingénieurs de fabrication, ils devaient en être plutôt contents !

Des chaînes de montage ont ainsi été mises en place pour la production du moteur en question. La maîtrise a mis au travail les ouvriers de Volkswagen pour le montage, et en bout de chaîne, le moteur a été essayé et testé ! Et, de l’avis général, c’est un très bon moteur.

Bien sûr, les émissions de ce moteur dépassent toutes les normes des pays où les voitures seront vendues. Mais où est le problème selon Volkswagen ? Depuis quand des gouvernements vont imposer leurs normes à un groupe industriel qui fait de si bonnes automobiles ?

Cela rappelle l’AMI, l’Accord multilatéral sur l’investissement. Son but était d’indemniser les groupes industriels par les États si les lois sociales ou environnementales de ces derniers faisaient baisser la rentabilité de leur investissement. À l’époque, l’affaire avait capoté, personne ne voulant assumer le fait que des lois sociales pouvaient être conçues par des groupes industriels et non par des États. Cependant, le capital a toujours a l’esprit ce projet et l’affaire Volkswagen en est un exemple concret.

Le message de l’entreprise allemande aux États est en réalité très simple : « vous avez vos normes, nous avons les nôtres. Et vous pouvez toujours venir contrôler nos bagnoles, vous ne trouverez rien ! »

D’où ce petit logiciel qui détectait à quel moment la voiture passait un test d’émission. Le système se basait sur la position des roues, la vitesse du véhicule, les régimes moteur et la pression barométrique. Il comparaît ces données à des mesures spécifiques, propres aux tests d’émissions et connues de tous. Si les informations corroboraient, le module de contrôle électronique du véhicule (ECM) basculait sur un mode « clean », pour flouer les tests des agences environnementales.

Cela montre le mépris profond du constructeur à l’égard de la légalité. En Corée du Nord, des dirigeants industriels qui auraient si peu de respect pour la légalité iraient au-devant de gros soucis !

D.R.

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