Résistance

À propos des Panama Papers

À propos des Panama PapersC’est formidable : des journalistes d’investigation ont su aller pêcher onze millions de documents dans les ordinateurs d’un cabinet d’avocats qui montrent la corruption de quantité de particuliers et de sociétés qui vont se camoufler dans les banques de ce paradis fiscal qu’est le Panama. La presse atlantiste exulte et étale ces révélations avec enthousiasme. En effet, le sens est clair : quand on est malhonnête, il y a toujours un « lanceur d’alerte » pour dénoncer ces vauriens. Cela montre que le système est sain et qu’il est capable de s’autoréguler !

Mais il y a un problème parce que, sans enquêter plus en détails et rien qu’à lire la presse, regarder la télé ou écouter la radio, une chose est claire : ceux qui se sont fait prendre la main dans le sac sont aussi ceux que les Étasuniens classent parmi leurs ennemis, à commencer par Vladimir Poutine (enfin pas lui directement, il est trop malin, mais son entourage). Mais aussi Bachar El Assad, le Hezbollah, et quelques autres. On trouve aussi ce que les Étasuniens classent parmi leurs « amis »… mais pas très sûrs, comme Davis Cameron (embrouillé dans le Brexit) ou le président ukrainien Petro Porochenko (incapable de répondre aux attentes étasuniennes). Mais aussi la FIFA, détestée des Étasuniens pour avoir eu l’outrecuidance de ne pas organiser de coupe du monde chez eux et qui n’a eu de cesse d’être attaquée depuis. Mais dans la liste, il n’y a surtout aucune société étasunienne, ni aucun ressortissant étasunien. Ainsi, détenir le passeport américain conférerait comme par automaticité une honnêteté exemplaire… Si on a le droit d’y croire, on peut aussi penser qu’il y a là une stratégie anglo-saxonne.

D’abord, on peut remarquer que les soi-disant « journalistes d’investigation » qui ont sorti l’affaire (le consortium international des journalistes d’investigation, ICIJ in english) font partie d’une organisation qui est présentée dans une délicieuse vidéo du journal Le Monde, comme ayant vocation à enquêter sur les errements des puissants. La question du financement est bien entendu abordée mais elle ne se résume qu’à l’existence de « mécènes », sans plus de précisions. Pourtant, cette question du financement est importante. En fait, l’ICIP est une émanation du « Centre pour l’intégrité publique », qui est financé par Georges Soros (celui qui, entre autre, a financé le coup d’État en Ukraine et l’attaque contre la Grèce), mais aussi la fondation Ford (l’automobile), Rockefeller (le pétrole), Kellogg’s (les céréales), et quelques autres du même acabit ! N’en doutons pas, avec de tels sponsors, l’honnêteté et les valeurs morales sont au rendez-vous ! Notons au passage que deux membres français de l’ICIJ sont aussi salariés de Médiapart : Fabrice Arfi et Karl Laske.

On peut donc voir que les révélations des « Panama Papers » entrent dans une stratégie étasunienne. Elle est à plusieurs niveaux. Le premier niveau consiste à discréditer les paradis fiscaux qui ne proviennent pas de l’aire anglo-saxonne. Souvenons-nous des attaques contre les banques suisses, lesquelles ont été contraintes d’abandonner (en partie) leur « secret bancaire » suite à plusieurs révélations. Souvenons-nous aussi de l’attaque contre les banques chypriotes qui ont ratissé les comptes de leurs riches clients.

Mais aucune « révélation » n’est venu secouer la City de Londres ! Pourtant, cette City n’est pas un simple quartier de Londres où siègent les grandes banques britanniques. C’est en fait un véritable État indépendant avec ses propres lois, en particulier dans les domaines économique et fiscal ! Il semble même que ce soit le premier paradis fiscal au monde ! Personne ne dénonce davantage les îles « anglo-normandes », Jersey et Guernesey qui ne sont bizarrement pas des territoires britanniques. Ces îles dépendent directement de la reine d’Angleterre et ne sont donc ni britanniques, ni même européennes.

Évidemment, quel est le journaliste d’investigation qui nous parlera de l’autre paradis fiscal qu’est le petit État du Delaware, aussi important que la City, idéalement situé entre New-York et Washington ? L’affaire est basique : les Étasuniens veulent liquider tous les paradis fiscaux qui ne sont pas anglo-saxons.

Évidemment, nous ne sommes pas en train de défendre les paradis fiscaux, mais ils existent, et ils peuvent se montrer bien utiles. Il faut se souvenir de la Libye de Mouammar Kadhafi qui a vu ses avoirs purement et simplement confisqués quand ils étaient déposés dans des banques européennes ou étasuniennes ! Une bonne petite zone franche que sont aussi les paradis fiscaux aurait été la bienvenue. Un exemple : comment peut faire le Hezbollah pour gérer son argent s’il doit faire confiance à des banques occidentales qui soutiennent Israël ? Ou le gouvernement syrien, victime du blocus occidental ? Au nom de quelle moralité faudrait-il que les paradis fiscaux soient exclusivement anglo-saxons ?

Mais il y aurait une autre raison aux révélations des « Panama Papers ». Le Réseau Voltaire a publié un article sur le sujet. Des économistes étasuniens, dont une dénommée Christina Romer (qui occupe un poste clé de conseillère économique à la Maison Blanche) estiment que le redressement économique après la crise de 29 n’a pour origine ni le New Deal de Roosevelt, ni la Seconde Guerre mondiale, mais provient de l’afflux des capitaux européens à partir de 1936, qui étaient dus autant aux préparatifs de guerre de l’Allemagne qu’aux mouvements sociaux. Alors, l’idée qu’ont eue les Étatsuniens pour surmonter leurs difficultés économiques actuelles (parmi lesquelles leur dette immense) a été de déstabiliser suffisamment les pays européens pour que les capitaux aillent se réfugier dans leurs propres banques. Les Panama Papers y contribuent (avec l’aimable complicité de la presse du capital !) tout comme, en vrac, la « crise des migrants » (organisée avec la complicité de la Turquie), les attentats récents, les amendes que furent contraintes de verser des banques et entreprises (entre autres) françaises, et toutes sortes d’autres manipulations.

Enfin, les « Panama Papers » constituent une bombe à retardement, tous les documents n’ayant visiblement pas encore été exploités dans leur totalité. On peut donc parier que certaines entreprises européennes et des personnalités sont prêtes à tous les compromis… pourvu que leurs noms n’apparaissent jamais !

Une fois de plus, les prétentions vertueuses de notre presse, qu’on peut bien qualifier de pourrie, cache parfois (sinon toujours) de bien vilaines choses.

D.R.

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook211
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2875
SHARE62
LinkedIn
Résistance

La libération de la femme ne passe pas par la minijupe

La libération de la femme ne passe pas par la minijupeIl nous est arrivé au moins mille fois, en marchant dans la rue ou en feuilletant une revue, de tomber sur une publicité mettant en scène de jeunes garçons ou de jeunes filles. On pourrait presque dire qu’il n’y a plus lieu de s’indigner, tant le phénomène est répandu.

Il convient pourtant d’analyser ce dernier très attentivement, surtout lorsqu’il s’agit de faire de la publicité en mettant en scène des femmes nues ou légèrement vêtues, car cette façon de concevoir la femme est tout simplement dégradant pour les deux sexes, masculin et féminin. Le but est bien évidemment de provoquer pour choquer et pouvoir ainsi mieux vendre le produit.

La femme, objet sexuel, doit attirer le regard du public sur la publicité, bien que n’ayant aucun rapport avec le produit ou le service (imprimante, voiture…). Elle est de plus en plus souvent représentée de façon provocante, dans des postures suggestives, à demi dénudée ou totalement nue, la demi-nudité n’étant pas toujours la plus licencieuse. Les poses sont souvent dégradantes ou indécentes : lascivité exagérée, impudeur, geste équivoque, pornographie…

Ces derniers mois, la nudité de la femme apparaît de plus en plus fréquemment et souvent dans des situations provocantes et équivoques. La publicité nous apporte de plus en plus d’agressivité, de scènes crues, dures, violentes. C’est la femme elle-même qui est parfois représentée comme un être violent et cynique. Dans le domaine de la mode, des parfums et des accessoires de luxe, la tendance est à la notoriété de la marque avant celle du produit. On fait appel maintenant à d’éminents photographes, l’esthétique des images est parfaite. Mais sous le couvert de « création artistique » il y a une surenchère dans l’indécence, la provocation voire la violence, et les limites sont souvent dépassées. On retrouve dans tous les pays européens les mêmes publicités et les mêmes tendances, sachant que les grands annonceurs sont en général de grandes firmes internationales.

Le « pornographisme » de la publicité n’utilise pas que la nudité féminine ; il met également en scène la soumission des femmes et leur asservissement sexuel. Le produit promu est associé à l’accès sexuel des femmes. Le « porno chic » joue sur tous les tabous, y compris sur celui de la pédophilie : des gamines utilisées comme mannequins sont agenouillées, jambes écartées, seins dénudés (Sisley), léchant une sucette (Lee). La « vogue sex-shop de la publicité » a été la marque de commerce de groupes comme Gaultier, Helmut Lang et Mugler. Mais aussi des marques de luxe Gucci, Versace, Dior ou Vuitton.

Les magazines pour femmes et pour adolescentes multiplient les dossiers racoleurs autour du sexe. Ces derniers véhiculent des codes et des messages à caractère clairement affichés comme sexuels voire « pornographiques ». La pornographie étant présentée comme « la » nouvelle norme de libération sexuelle des femmes voire des jeunes filles. Le sociologue remarque avec justesse : « les magazines féminins véhiculent un message sur la sexualité qui est loin d’être subtil. C’est, en substance, le suivant : presque tout le monde sauf vous a une vie sexuelle fascinante et variée. Adoptez d’autres positions sexuelles, apprenez à aimer les actes sexuels vus dans la pornographie, amusez-vous avec les gadgets sexuels et vous connaîtrez l’épanouissement sexuel » (Richard Poulain in Apparence, hypersexualisation et pornographie).

Toutefois, le monde de la publicité n’est rien de plus que la partie émergée d’un autre phénomène encore plus déroutant : les concours de beauté pour enfants. Si, en France, ils sont désormais interdits pour les moins de treize ans et soumis à autorisation préfectorale pour les 13-16 ans, il suffit de taper les mots clés « concours mini miss usa » sur You tube pour accéder à une flopée de vidéos évocatrices du phénomène. Dès leur plus jeune âge, parfois quelques mois seulement, les fillettes sont présentées à un jury et rivalisent de strass, de sourires et de bisous pour séduire et remporter le sacre de la reine suprême de beauté.

Les parents perçoivent ces concours comme une activité quelconque, au même titre qu’un sport par exemple. Ils y voient parfois une possibilité pour leur fille de s’émanciper et se socialiser. Mais si le jeu est une activité essentielle chez l’enfant parce qu’il sollicite sa créativité et son imagination tout en développant sa capacité physique, que dire des défilés en talons hauts pointure 29, robe affriolante et démarche déhanchée ? La frontière entre le monde enfantin et adulte tombe et les repères de l’enfant s’en trouvent bouleversés. Il est évident que ces spectacles n’ont pas été conçus pour les plus petits, mais comme des produits de consommation destinés à rapporter le plus d’argent possible à leurs organisateurs. L’enfant et sa famille sont ici des objets jetables. Car ici, respect de l’adversaire ou coopération ne figurent pas vraiment au programme. La pression est parfois portée à son comble comme par exemple, lors des cérémonies de « découronnement » durant lesquelles les lauréates de l’année précédente remettent leur titre en jeu. Au moment de se défaire de leur couronne, ces « reines » d’un temps sombrent souvent en larmes. Sans compter les pleurs de celles qui n’accèdent jamais au podium. Avec des conséquences néfastes liés à ces échecs : « ils sont sources d’une perte de l’estime de soi et d’une culpabilité chez nombre d’enfants perdants, autour d’une faute tout à fait imaginaire (ne pas être la plus belle) », explique Jean-Yves Hayez.

L’hypersexualisation de notre société qui n’hésite plus à diffuser les codes de la pornographie sur les écrans comme sur les murs, a des conséquences culturelles et sociales rarement soulignées. Elle véhicule une image dégradante de la femme et ce, quel que soit son âge. Cette image est associée à celle du mâle dominant, ce qui va à l’encore des comportements égalitaires et respectueux dans les couples… et la vie en générale.

Capitaine Martin

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook309
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2868
SHARE62
LinkedIn
Résistance

Il nous faudrait plus d’Europe ? Sans blague !

Il nous faudrait plus d’Europe ? Sans blague !Problèmes de démocratie ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes d’intégration ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes économiques ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes sociaux ? « Il faut plus d’Europe ». Le mot Europe est devenu un vrai joker. Lorsqu’on manque de quelque chose, il suffit d’ajouter le mot Europe et le discours devient subitement cohérent.

Chacun d’entre nous peut donner le sens qu’il souhaite au mot Europe. De toute manière, aucun dictionnaire ne peut en donner une signification exacte si ce n’est la définition géographique.

Qu’est-ce que l’Europe ? Évitons, faute de temps, de retracer les derniers millénaires d’histoire et limitons-nous uniquement au XXème siècle et aux premières années de ce XXIème siècle.

Dans la seule première moitié du XXème siècle, l’Europe du capital a déclenché les deux pires guerres que notre planète n’ait jamais connues : la Première et la Seconde Guerre mondiale. Au cours des années suivantes, sans nous arrêter sur les politiques coloniales menées et encore appliquées par certains pays européens, l’Europe a été le terrain d’affrontements entre deux pays non européens, les États-Unis et l’Union soviétique. Les États-Unis ont lancé le plan Marshall puis la machine militaire de l’OTAN pour placer l’Europe de l’ouest dans leur sphère d’influence, obligeant l’URSS (qui souhaitait à l’origine une zone-tampon constituée d’États neutres et démilitarisés entre elle et la France) à créer un glacis de pays socialistes, puis le pacte de Varsovie.

Avec la chute de l’Union Soviétique, l’Union européenne a pris un malin plaisir à faire exploser un des États européens les plus complexes, la Yougoslavie. Les bombardements et les massacres commis avec l’assentiment voire la collaboration active de nos « amis étasuniens » ont créé les bases culturelles d’une Europe qui se rapproche de celle du XXIème siècle.

La déstabilisation concomitante de toute une région a engendré le processus de balkanisation de toute une région et attisé les haines, ethnique et religieuse. Une « victoire » à mettre au crédit de l’Europe du capital…

Derniers exemples en date : la Libye et les bombardements qui ont mis fin aux progrès économiques initiés par la Jamahiriya, la tentative de déstabilisation de la Syrie (à des fins humanitaires, cela va de soi…) ou encore l’appui des nazis et des fascistes ukrainiens qui massacrent leur propres concitoyens dans l’est du pays pour rendre service à quelques fanatiques occidentaux.

Dans les moments de grande difficulté interne, le comportement européen est encore plus embarrassant. Un pays (par exemple la Grèce) souffre économiquement ? Ce sera le moment de se présenter sur place en position de force et de le contraindre à brader son propre patrimoine. Un pays est en difficulté face à l’afflux de migrants qui fuient « l’arrivée de la démocratie » apportée par les États-Unis et l’Union européenne ? Laissons-le se débrouiller. Et, depuis une quelconque conférence de presse dans un quelconque palais de verre à Strasbourg ou Bruxelles, nous l’accuserons de nazisme et de fascisme puisqu’il doit affronter seul un problème plus grand que lui.

Honnêtement, quelle Europe souhaitons-nous maintenant ? Une Union Européenne supranationale « sociale » qui n’existe pas à l’évidence, ou une construction internationaliste qui laisse à chaque Nation sa souveraineté (comme le fait l’ALBA en Amérique Latine !) en poursuivant l’œuvre des  humanistes, du refus de la guerre impérialiste porté par Jaurès et les bolcheviks, de la Révolution russe (que Lénine lui-même présentait comme une sortie de l’Asie, à l’époque totalement arriérée, et une entrée dans l’Europe  des Lumières), de la résistance antifasciste et de l’anticolonialisme.

Imaginez si un Australien se réveillait demain avec l’idée saugrenue qu’il faille plus d’Océanie… Tout le monde se demanderait à quoi cela servirait. Il serait peut-être temps, lorsqu’on entend la fameuse ritournelle selon laquelle « il faudrait plus d’Europe », de se demander de quelle Europe il s’agit au juste.

Capitaine Martin

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook401
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2849
SHARE62
LinkedIn
Résistance

Volkswagen : d’où vient la triche ?

Volkswagen : d’où vient la triche ?Selon les médias (ici 20 minutes), la triche de Volkswagen aurait pour origine quelques développeurs informatiques qui ont bricolé, sans rien dire à personne, ce logiciel tricheur qui aurait été installé sur des millions de véhicules. Un peu difficile à croire, mais pas pour Le Monde, qui a une drôle d’explication : la direction de Volkswagen ne savait rien, parce que personne ne lui avait rien dit en raison de la terreur qu’elle inspire (comme en Corée du Nord, selon Le Monde, qui n’est pas à une petite perfidie près).

Pourtant, il y a bien eu un bureau d’études de Volkswagen qui a imaginé un bon moteur ! Ces concepteurs l’ont conçu, testé, éprouvé, et comme les plans sont parvenus jusqu’aux ingénieurs de fabrication, ils devaient en être plutôt contents !

Des chaînes de montage ont ainsi été mises en place pour la production du moteur en question. La maîtrise a mis au travail les ouvriers de Volkswagen pour le montage, et en bout de chaîne, le moteur a été essayé et testé ! Et, de l’avis général, c’est un très bon moteur.

Bien sûr, les émissions de ce moteur dépassent toutes les normes des pays où les voitures seront vendues. Mais où est le problème selon Volkswagen ? Depuis quand des gouvernements vont imposer leurs normes à un groupe industriel qui fait de si bonnes automobiles ?

Cela rappelle l’AMI, l’Accord multilatéral sur l’investissement. Son but était d’indemniser les groupes industriels par les États si les lois sociales ou environnementales de ces derniers faisaient baisser la rentabilité de leur investissement. À l’époque, l’affaire avait capoté, personne ne voulant assumer le fait que des lois sociales pouvaient être conçues par des groupes industriels et non par des États. Cependant, le capital a toujours a l’esprit ce projet et l’affaire Volkswagen en est un exemple concret.

Le message de l’entreprise allemande aux États est en réalité très simple : « vous avez vos normes, nous avons les nôtres. Et vous pouvez toujours venir contrôler nos bagnoles, vous ne trouverez rien ! »

D’où ce petit logiciel qui détectait à quel moment la voiture passait un test d’émission. Le système se basait sur la position des roues, la vitesse du véhicule, les régimes moteur et la pression barométrique. Il comparaît ces données à des mesures spécifiques, propres aux tests d’émissions et connues de tous. Si les informations corroboraient, le module de contrôle électronique du véhicule (ECM) basculait sur un mode « clean », pour flouer les tests des agences environnementales.

Cela montre le mépris profond du constructeur à l’égard de la légalité. En Corée du Nord, des dirigeants industriels qui auraient si peu de respect pour la légalité iraient au-devant de gros soucis !

D.R.

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook522
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2841
SHARE62
LinkedIn
Résistance

Union européenne : une machine de guerre contre les peuples

Ignace_plan_austerite_tsipras_creanciers_ue-422db-e2136L’une des demandes les plus pressantes qu’a adressée la troïka à la Grèce portait sur la réforme du système des retraites. Après celle adoptée au printemps 2010, une seconde cure d’austérité avait pourtant été exigée par les créanciers du pays. Elle prévoyait, entre autres, la suppression de 15.000 emplois dans le secteur public, une sévère réduction du salaire minimum (- 20 %) et une réforme des retraites complémentaires (dernier point d’achoppement entre les partis politiques grecs), soit encore et toujours des coupes dans les dépenses publiques. Cette austérité a atteint un tel point que le secrétaire du comité central de Syriza, Tasos Koronakis, déclarait il y a peu que « celui qui réclame une nouvelle baisse des pensions ne peut être qu’un fanatique ».

Pour les créanciers, le régime de retraite grec doit être mis à l’heure du « zéro déficit », par le biais des coupes de 450 à 900 millions d’euros en 2015 et de 1,8 milliard en 2016. Ils prescrivaient en début d’année une limitation des retraites anticipées, de faire payer plus cher les soins de santé aux retraités et de supprimer le treizième mois accordé à ceux touchant moins de 700 euros par mois de pension.

Étaient également mises en cause les préretraites. En effet, un nombre incalculable de systèmes permettent paraît-il encore aux Grecs de partir avant l’âge légal (65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes avec un alignement à 65 ans pour les assurées nées après 1992), touchant ainsi une part de chômage et une part de préretraite. Le journal allemand Die Welt, qui cite des « données des groupes de négociations », est même allé encore plus loin, affirmant que les Grecs perçoivent plus que les Allemands. Le fait est que les retraites des Grecs ne sont pas si élevées, ce qui va bien il faut le reconnaître à l’encontre du mythe construit par les médias européens.

Pourtant, le revenu médian des plus de 60 ans ne dépassait pas dans la péninsule hellénique 8.600 euros par an en 2013 (7.800 en 2014)… loin derrière les 15.082 euros de l’Europe des 28 (21.781 euros pour la France, 17.913 euros pour l’Allemagne, 15.814 euros pour l’Italie, 13.963 euros pour l’Espagne, etc.). Pis, le Fonds monétaire exigeait encore une baisse drastique des pensions, dont le taux de remplacement (le ratio entre le montant moyen des salaires et celui des pensions) atteignait 70 %, contre 57 % pour l’Allemagne par exemple. Il y a réellement de quoi s’inquiéter : en plus d’avoir de toucher des retraites indigentes, les Grecs connaissent un taux de chômage très élevé (25,6 % en mars de cette année), lequel n’est déjà qu’une des conséquences de l’austérité.

Le rôle de l’Allemagne, première économie d’Europe, est d’une importance majeure en ces temps de forte crise. Un tel leader devrait pourtant accepter la critique lorsque sa propre politique d’austérité est en proie à l’échec. Mais si Merkel est loin d’être en odeur de sainteté dans les rues d’Athènes et des différentes villes grecques, Alexis Tsipras, le chef du gouvernement hellène, pourrait bien voir sa côte diminuer très rapidement. En effet, alors que l’un de ses engagements de campagne était de ne plus faire de coupes budgétaires dans les pensions de retraite, il a cédé début juillet à la pression des créanciers.

Le Premier ministre avait bien promis de nouvelles réformes sur les impôts et les retraites, notamment le recul de l’âge de départ qui est à présent fixé à 67 ans. Il précisait toutefois selon RTL, qu’un accord devait être « socialement juste et économiquement viable ».

Aujourd’hui, les masques sont tombés. Le nouveau mémorandum (issu de l’accord conclu à Bruxelles, lundi 13 juillet) fait très mal. Il reporte l’âge de départ des Grecs à 67 ans. Comble d’ironie, le Fonds monétaire international malgré tout, dans un document transmis samedi 11 juillet aux dirigeants européens, que la dette est « totalement non viable » et devrait frôler les 200 % du PIB d’ici deux ans.

La mythologie a de beaux jours devant elle. Pour s’être rebellé contre la volonté des dieux en confiant leurs secrets aux humains, Sisyphe fut condamné par Hadès à pousser un énorme rocher jusqu’au sommet d’une montagne dans le royaume des morts. À peine ce but atteint, le rocher roulait jusqu’au pied du versant d’où Sisyphe devait le remonter. Un procédé qui se répète pour l’éternité. Une situation comparable à ce que connaît aujourd’hui la Grèce, condamnée par la volonté des européistes à l’éternel châtiment.

Capitaine Martin

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook614
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2809
SHARE62
LinkedIn
Résistance

En Grèce, les instituts de sondage ont menti

En Grèce, les instituts de sondage ont mentiÀ la veille du scrutin, les instituts de sondage ont tenté en Grèce  de manipuler la population. L’un, réalisé par la société Alco, donnait le oui gagnant « d’une courte tête », avec 44,8 % contre 43,4 % pour le non. Un autre, réalisé par l’Université de Macédoine, affirmait que le oui et le non étaient à peu près à égalité avec 42,5 % pour l’un et 43% pour l’autre. On appréciera le sérieux de ces « sondeurs », quand on voit que le non l’a emporté avec plus de 61 % !

Un tel écart entre les prévisions et les résultats sur une question aussi simple – répondre oui ou non à une seule question – ne peut pas s’expliquer par les aléas des sondages. Il faut y voir certainement une volonté de duper la population en cherchant à lui enlever tout espoir dans l’issue du scrutin.

Mais ces sondages ne sont qu’un aspect de cette tentative du capital pour décourager la population grecque. Comme ce qui s’est passé en France lors du référendum sur le TCE (traité de fonctionnement de l’Union européenne) en 2005, toute la presse a fait une intense campagne pour le oui dès qu’elle a compris que le référendum aurait bien lieu.

Dans le cas de la Grèce, l’Union européenne a cherché à faire renoncer Tsipras dès l’annonce de la tenue du référendum par ce dernier. Il faut se souvenir qu’en 2011, le Premier ministre de l’époque, Giórgios Papandréou, avait eu lui aussi l’intention d’avoir recours à ce genre de consultation populaire mais, sous la pression des instances européennes, il y avait renoncé en à peu près 24 heures !

Mais là, Tsipras a tenu bon et les médias comme les sondeurs se sont déchaînés. À la télévision (privée), non seulement les temps de paroles en faveur du non ont été ridicules par rapport à l’exposé des motifs du vote oui, mais les conditions d’expression n’avaient pour simple but que de ridiculiser les tenants du non. La cohorte des experts, les journalistes, le patronat, les « citoyens responsables »… Bref, tous ceux qui ont du bien ont expliqué que le peuple était face à une alternative : le oui ou le chaos ! C’est exactement ce que nous avons connu en 2005.

Remarquons que le Parti communiste grec (KKE) a appelé sans grand succès au vote nul (en Grèce, le vote étant obligatoire, un appel à l’abstention est illégal). La participation n’a d’ailleurs pas été si mauvaise avec deux tiers de votants. C’est-à-dire que les Grecs (le peuple, et particulièrement les jeunes) se sont prononcés en faveur du non, et ce en dépit des pressions, des intimidations et des humiliations. Comme en France en 2005…

Ce « comme en 2005 » signifie aussi que ce scrutin ne nous éclaire guère sur l’avenir. La résistance des Grecs va surement être mise à rude épreuve. Le capital bancaire ne renonce pas à mettre dans sa poche chaque euro retiré des salaires, des pensions de retraites, des hausses de fiscalité, et toutes ces douceurs qui font ses délices autant que le malheur des peuples.

Ne faisons bien évidemment pas dire à ce scrutin ce qu’il ne veut pas dire. Les Grecs n’ont pas dit « non à l’euro », ni « non à l’Union européenne ». Ils ont simplement (mais fermement) dit « non aux conditions de remboursement d’une dette illégitime qui nous jette dans la misère ».

Remarquons également que les Grecs n’ont exprimé aucune volonté d’abandonner l’euro pour la drachme. Actuellement, ce sont plutôt certains stratèges des banques européennes qui envisagent d’expulser la Grèce de la zone euro, dans le but de lui faire regretter son vote. Un peu comme un mafieux qui assassine tout en le faisant savoir son débiteur devenu insolvable du fait de prêts forcés, dans le seul but de terroriser ses autres débiteurs.

Voyons néanmoins le côté positif des choses ! Imaginons que, de gré ou de force, la Grèce soit amenée à renouer avec une monnaie nationale déconnectée de l’euro. Ce serait un véritable pied-de-nez pour le capital grec (les banques, les armateurs et leurs amis). Parce qu’une monnaie déconnectée de l’euro rendrait ce même capital déconnecté du soutien européen, de la BCE, de la Commission européenne, du FMI grâce auxquels il pouvait jusque-là s’en mettre plein les poches. Exit donc le pillage des finances publiques ! Seul face au peuple grec, il lui faudrait de nouveau se lancer dans la production industrielle, mais en ayant affaire à une classe ouvrière expérimentée. Voilà la réalité de la souveraineté nationale retrouvée !

D.R.

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook3
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2778
SHARE62
LinkedIn
Résistance

Taxis contre UberPop

Taxis contre UberpopLes taxis sont très mécontents d’UberPop. Il faut dire qu’à force d’avoir bétonné autour de leur monopole, ils prêtent le flanc à une explosion de la concurrence !

La fameuse « licence »  qui vaut si cher est à l’origine un acte administratif municipal gratuit. Elle autorise, sous réserve de vérification des connaissances nécessaires, à exercer la profession de taxi. Mais les chauffeurs ont exigé que les villes ne délivrent plus cette licence, laquelle est devenue cessible entre-temps. Comme pour la « licence IV », autorisant un commerçant à servir des boissons au verre : elle n’est plus délivrée, mais elle est cessible… Plus la demande est forte, plus le « prix » de la licence s’envole ! Pour la licence IV, la demande est à peu près stable, et elle plafonne à quelques milliers d’euros. Pour la licence de taxi, la profession a organisé à un tel point la pénurie que la demande explose.

La conséquence, favorable dans un premier temps pour les taxis, a été une augmentation du prix de la licence. Il n’est pas rare que dans certaines grandes villes, celle-ci atteigne le prix d’une maison. Mais la concurrence a nécessairement fait son apparition dans un tel contexte. On a d’abord vu des taxis clandestins à proximité des gares et des aéroports où la demande est forte (c’est vrai dans toutes les grandes villes du monde, même à Pékin !). Contenir cette concurrence s’est avéré de plus en plus difficile. Bien sûr, il serait possible que les villes délivrent de nouveau des licences, mais les taxis s’y opposent fermement, menaçant de bloquer la circulation des villes qui s’y risqueraient.

Dans un monde hyper connecté, c’est la technologie qui est venue à la rescousse de cette concurrence. Il suffisait à UberPop de mettre en relation la demande et l’offre par internet pour prendre d’avance les taxis arrêtés au temps du bon vieux téléphone…

Mais un autre problème, très moderne paraît-il, apparaît : c’est le salarié sans contrat de travail. Un salarié sans protection sociale ni congé, sans règle de repos (tant quotidien qu’hebdomadaire) : un salarié sans rien ! Le chauffeur UberPop est amené, dans les faits, à payer son employeur pour travailler. C’était dans l’après-guerre le statut des garçons de café, qui payaient le patron du bistrot pour travailler dans son établissement, et se débrouillaient pour gagner leur vie avec les pourboires ! Sacré retour en arrière quand même…

Si les chauffeurs de taxis continuent à vouloir maintenir la pénurie d’offre par rapport à la demande, les réponses plus ou moins clandestines apparaîtront sous des formes variées. S’ils veulent faire preuve de lucidité, ils devront admettre que l’ajustement de l’offre à la demande est nécessaire, ce qui passe par la délivrance de nouvelles licences… au risque de voir le prix des licences actuelles s’effondrer.

Mais, à ce qu’il paraît, le conflit actuel a conduit les taxis à être un peu plus aimables avec leurs clients. C’est déjà ça.

D.R.

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook5
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2769
SHARE62
LinkedIn
Résistance

La privatisation du terrorisme est en marche…

La privatisation du terrorisme est en marche…Hervé Falciani est un opportuniste. Il peut endosser différents rôles et se complaire dans un langage abscons, mais il sait surtout nager en eaux troubles. L’informaticien franco-italien est connu pour être le personnage clé de l’incroyable affaire HSBC. Il est surtout à l’origine du vaste scandale d’évasion fiscale autour de la filiale helvétique de la banque HSBC. « Si l’on veut contrebalancer l’impunité, il faut aussi se donner les moyens de le faire », a déclaré ce lanceur d’alertes dont les fichiers prélevés chez son ancien employeur ont permis à un consortium de journalistes mené par Le Monde de dévoiler un immense scandale d’évasion fiscale.

Plus de  5,7 milliards d’euros auraient été dissimulées par la banque dans des paradis fiscaux pour ses seuls clients français. Le 28 janvier 2014, sous le titre « listes HSBC : la saga d’une enquête explosive sur l’évasion fiscale », Le Monde publiait une première série d’articles dévoilant les dessous de l’enquête judiciaire française. Mais il manquait l’aspect mondial…

Quelques jours plus tard, une personne se présentait à l’accueil du quotidien, boulevard Auguste Blanqui, à Paris. Cette source remit aux journalistes une clé USB contenant la totalité des fichiers établis à partir des « données Falciani », dans le plus grand secret, à compter de 2009, par les services fiscaux français, parfois en dépit des réticences du pouvoir politique.

Qui trouve-t-on sur ces listings ? Des hommes politiques, des vedettes du show-biz, des icônes du sport et des capitaines d’industrie, mais aussi des trafiquants d’armes et de stupéfiants et même des financiers d’organisations terroristes. Oussama Ben Laden, rappelle Le Monde, appelait « Golden chain » (la chaîne en or) la liste de ses vingt sponsors. Or, plusieurs d’entre eux étaient des Saoudiens clients de HSBC. Curieusement, cette liste sulfureuse saisie dans les locaux d’une mystérieuse fondation à Sarajevo en 2002 lors d’une opération spéciale des forces bosniaques n’avait pas suscité de réactions particulières de la banque HSBC à l’époque. Il s’agissait pourtant de la liste des principaux financeurs d’al-Qaïda. Parmi ceux-ci un prince saoudien qui a protégé le chef d’al-Qaïda, l’ancien trésorier d’une présumée organisation écran du groupe terroriste, un autre prince dont l’épouse a envoyé de l’argent à un des auteurs des attentats du 11-Septembre. Que savait la banque de cette nébuleuse ? HSBC a admis des « défaillances » au niveau de sa filiale suisse. « HSBC Private Bank a accueilli un certain nombre de clients qui n’étaient pas entièrement en règle avec leurs obligations fiscales », a précisé la banque. Un terrible euphémisme…

Mais HSBC n’est pas la seule banque à avoir les mains sales. En témoigne une plainte, qui remonte à août 2014, d’un groupe de vétérans étasuniens ayant combattu en Irak. Barclays, le Crédit suisse, Standard Chartered et la Banque royale d’Écosse sont en effet accusés de ne pas avoir bloqué le blanchiment d’argent qui a permis le financement de groupes combattants en Irak. Ces banques ont toutes accepté de payer une amende de quelque trois milliards de dollars pour avoir la paix.

Rien de nouveau donc, à moins que l’enquête menée par l’ICI, le consortium de journalistes d’investigation qui a travaillé avec Le Monde sur les fichiers de HSBC, ne mette en lumière des liens, jusque-là non prouvés, entre les comptes suspects et l’État islamique. Un rapport émanant du magazine économique Forbes considère ce dernier comme étant le groupe islamiste le plus richement doté. Son patrimoine, toujours selon le même rapport, avoisinerait les deux milliards de dollars.

Le réseau de financement de l’État islamique est très complexe et repose sur de nombreuses sources : du commerce du pétrole qui serait selon de nombreux analystes la principale ressource de l’organisation terroriste en passant par les rapts et les trafics de passeports. Le pillage de banques de Mossoul, ville irakienne conquise en juin 2014, aurait selon le Washington Post rapporté aux islamistes un peu moins d’un demi-milliard de dollars. De quoi voir venir…

L’économiste italienne Loretta Napoleoni, dans un entretien donné en août dernier à l’International Business Times, affirme que les moyens qui permettent habituellement de couper les financements directs aux organisations terroristes islamistes ne peuvent s’appliquer à l’État islamique qui « opère dans le cadre d’une économie fermée basée sur l’échange de papier-monnaie dans les territoires conquis ». Une privatisation du terrorisme en quelque sorte…

Capitaine Martin

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook6
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2763
SHARE62
LinkedIn
Résistance

État islamique : le génocide dont l’Occident est complice

État islamique : le génocide dont l’Occident est compliceComment a-t-il été possible de déposer Saddam Hussein en quelques semaines et Mouammar Kadhafi en quelques mois alors que l’État islamique ne subit que des défaites épisodiques, voire quand il ne remporte pas de franches victoires ? En moins d’une semaine sont tombées Ramadi, une des capitales de province d’Irak, et Palmyre, cette oasis au nord-est de Damas qui abrite les ruines monumentales d’une grande ville qui fut l’un des plus importants foyers culturels du monde antique.

Combiner ces deux fronts et l’emporter à chaque fois aura été un véritable coup gagnant pour le calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi. Arrêté presque par erreur en 2004, ce dernier passera dix mois dans les geôles étasuniennes en Irak avant d’être relâché. Il est aujourd’hui au faîte de sa gloire. Et même si ses djihadistes ont connu récemment des pertes après avoir engagé une majeure partie de leurs forces, ils ont aussi dispersé des adversaires plutôt coriaces : des milices chiites et le Hezbollah, qui soutiennent Bagdad et Damas, ont été soumis à une si rude épreuve que le premier ministre irakien Haïder al-Abadi est allé solliciter la Russie en vue de se faire livrer des armes au plus tôt.

La situation urge en effet. Malgré les raids de la coalition dirigée par les États-Unis, l’État islamique a repris plus de la moitié du territoire syrien, soit près de 90.000 km2. L’Oncle Sam, après l’invasion de 2003, n’a en fait jamais contrôlé l’Irak. Il s’est contenté d’assurer la surveillance du territoire, sans jamais véritablement sortir des casernes ou de la fameuse Green Zone. Concrètement, les Occidentaux ont disparu du paysage de l’ancienne Mésopotamie, laissant prospérer le chaos qu’ils ont contribué à instaurer. Les djihadistes terrorisent aujourd’hui non seulement les populations mais administrent des villes entières comme Raqqa, extrayant même du pétrole tout en en faisant commerce. Falloujah est à ce titre devenue un symbole pour l’État islamique. C’est là en effet que tout a commencé pour ce dernier. Il y gère tous les aspects de la vie quotidienne. Les djihadistes ont mis en place une administration, une justice. Les rues sont nettoyées tous les jours… L’organisation dirigée par Abu Bakr el-Baghdadi a le sens de l’organisation. Elle fournit ainsi des denrées de première nécessité aux commerçants comme la farine ou le riz pour les vendre à des prix cassés. Elle aurait également mis en place un système pour payer les propriétaires de générateurs électriques, assurant de facto le courant dans les quartiers de la ville qui en étaient jusque-là privés. Ce modèle serait appliqué dans toutes les zones syriennes et irakiennes tombées sous le contrôle de l’EI, signe d’une volonté de rassurer et de gagner la sympathie des populations locales et des plus démunis. Les djihadistes peuvent en effet se permettre ces largesses… car ils sont riches. Selon les estimations des services de renseignement américains rendues publiques en septembre 2014, l’État islamique engrangerait jusqu’à trois millions de dollars quotidiennement, ce qui en fait l’une des organisations terroristes les plus riches de l’histoire.

Magnanimes d’un côté, les djihadistes sont impitoyables de l’autre. L’État islamique pourrait ainsi avoir commis des crimes contre l’humanité, crimes de guerre et de génocide en Irak, selon un rapport de l’ONU publié fin marsCe rapport dit avoir les preuves qui « suggèrent fortement » que l’EI a perpétré un génocide contre la communauté yézidie avec l’intention de la détruire en tant que groupe. Ce n’est pas tout : les disciplines du calife al-Baghdadi ont également infligé un traitement brutal à d’autres groupes ethniques, indique le rapport, notamment les chrétiens, les Kurdes et les Mandéens.

S’il existait vraiment un choc des civilisations entre l’Occident et le monde islamique, on pourrait dire que les Américains et les Occidentaux seraient tombés à pieds joints dans le piège tendu par l’État islamique et ses alliés sunnites (lesquels comprennent les monarchies du Golfe et la Turquie).

Loin de faire plier le djihadisme, les guerres menées par l’Occident depuis l’ère Bush l’ont au contraire renforcé en multipliant ses foyers. Le mode d’action militaire n’est pas remis en cause alors que ses fréquents dégâts collatéraux attisent la haine à l’égard de ceux qui bombardent. Ces guerres contre le terrorisme s’attaquent aux effets et non aux causes. Personne ne songe à fonder cette lutte sur les origines du djihadisme, ni sur les raisons qui le perpétuent, pas plus que ne sont vraiment remis en cause ces alliés qui instrumentalisent le djihadisme ou qui en font le lit. Les pressions sur l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie, lorsqu’il y en a, sont insuffisantes ou trop timorées. Les États-Unis et l’Europe ont quasiment laissé agir leurs alliés régionaux, comme en Syrie où le principal soutien concret à la rébellion a été celui de ces acteurs régionaux, concourant ainsi à la prédominance des groupes islamistes et djihadistes. Et les Occidentaux reprochent aux rebelles encore «  modérés  », très affaiblis, leur coordination sur le terrain avec le Front al-Nosra.

Loin d’avoir un regard objectif sur la situation, Washington continue de se méfier de l’Iran tout en vouant une confiance pour le moins totale dans la monarchie saoudienne. C’est entre les colonnes de Palmyre, qui n’avaient jamais connu de destruction importante en trois mille ans, que se déroule aujourd’hui une véritable tragédie : une sorte de génocide culturel, historique et humain dont l’Occident est beaucoup plus complice que victime.

Capitaine Martin

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook20
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2755
SHARE62
LinkedIn
Résistance

Curieuse embrouille à la FIFA

Curieuse embrouille à la FIFA« Grâce à la justice américaine », affirme sans ambage 20 Minutes, « les révélations s’enchaînent depuis une semaine ». Une procureur étasunienne explique ainsi benoîtement que « ces gens » avaient pour mission de construire des terrains de foot pour les enfants et en ont profité pour s’enrichir. C’est un véritable scandale qui secoue le monde du football.

La FIFA est une organisation à but non lucratif. Elle est à ce titre exonérée d’impôts. Association de droit suisse, elle est également, c’est le moins qu’on puisse dire, liée « aux milieux d’affaires internationaux ». Rappelons que le football professionnel (dont les clubs et les joueurs appartiennent tous à des entreprises capitalistes dont le but n’est pas le sport, mais le profit) est financé par des droits télé et la pub (poliment rebaptisée « sponsoring »). Il devrait en principe être exempt de corruption. Découvrir que la corruption y existe, c’est pourtant découvrir que l’eau, ça mouille !

Encore qu’aucune preuve de cette corruption, aurez-vous remarqué, ne soit positivement établie : on nous met sous le nez de supposés corrompus, sans avoir identifié ni les corrupteurs (ceux qui payent), ni les avantages espérés. On est ainsi censé croire que la « justice » étasunienne soit porteuse de morale… ce qui n’est pas tout à fait certain.

Mais il y a plus grave. La Russie dénonce la volonté étasunienne d’imposer ses normes juridiques en dehors de son territoire. En effet, Washington a exigé de la police suisse qu’elle arrête des ressortissants, pour l’essentiel d’Amérique Latine, pour de présumés faits qui ne se sont même pas produit aux États-Unis. L’IRIB (Iran) partage cet avis, relevant que « les États-Unis se comportent de facto en gouvernement mondial, sanctionnant ici, récompensant là ».

Et il semble bien que la haine que les Étasuniens portent à la FIFA, et à son ex-président Sepp Blatter, tient au fait que, malgré leur candidature, ils n’ont pas été retenus pour organiser le mondial en 2018 et en 2022. Pis, c’est la Russie qui accueillera la coupe du monde de football en 2018.

Les arrestations opérées en Suisse (pauvre Suisse qui n’arrête pas d’avaler des couleuvres étasuniennes) à deux jours du Congrès de la FIFA avaient bien pour but d’empêcher la réélection de Sepp Blatter afin de remettre en cause l’attribution du mondial à la Russie en 2018. La réaction du Congrès a été assez claire : contre Blatter, l’Occident (États-Unis et Europe réunis) ; pour Blatter, le reste du monde, à commencer par l’Afrique…

Des pressions ultérieures ont fini par avoir raison du président de la FIFA, sans toutefois pouvoir remettre en cause l’attribution du mondial à la Russie. Ceci montre que la lutte entre l’impérialisme et l’anti-impérialisme est partout. Les conflits autour du football montrent décidément une extension assez imprévue de la lutte de classe.

D.R.

Partagez cet article et suivez-nous !
RSS
Abonnez-vous (emails)415
Facebook0
Facebook
GOOGLE4
GOOGLE
http://www.resistance-politique.fr/archives/2746
SHARE62
LinkedIn