Ma grand-mère à la manif

Poing dans la gueule

Il y avait un monde fou à cette manif. Ça fait plaisir ; et puis, on retrouve plein d’amis ! Mais une chose m’a étonné : elle était à la fois bruyante, mais silencieuse !

Bruyante de klaxons, cornes de brume, sifflets, pétards. J’ai même vu une fanfare, et, grande nouveauté, apparaissent toutes sortes de vuvuzelas !

Ça donne une ambiance de supporters de football ! C’est vraiment bizarre ! Et elle était silencieuse, parce que les manifestants ne disaient rien, ne scandaient pas vraiment de mots d’ordre. Les sonos braillaient toute sorte de choses, avec plus ou moins de talent, mais on ne comprenait pas toujours. Et, quand on comprenait, ce n’était pas toujours scandable ! Ça m’a mis mal à l’aise. Comment tu expliques ça ?

 

Que ça te mette mal à l’aise ?

Ça fait beaucoup de manif qui sont comme ça, non ? C’est peut-être parce que, dans le temps, tu as connu des manifs qui étaient autrement  plus décidées ?

 

Ça, c’est sûr ! Et puis, il y avait un problème de cohésion : tu as vu toutes ces couleurs ? Les manifestants, enfin pas tous, mais beaucoup, portaient les couleurs de leurs organisations. Rouges ou jaunes pour la CGT, orange pour la CFDT, bleues ou rouges pour FO. Cela donne un aspect disparate, non ? C’est renforcé par les ballons, des gros, des petits, en grappes ou tous seuls, avec le nom de l’organisation.

Mention spéciale à SUD, qui est le champion des drapeaux de toutes les couleurs, plutôt à la mode, d’ailleurs. Mais où sont les mots d’ordre ? Où sont les revendications ? Bien sûr, on sait bien qu’on était là pour les retraites, mais c’était en fait peu exprimé. On a l’impression que tout ce monde était là pour faire masse, et soutenir la position des leaders syndicaux. Ce ne devrait pas être le contraire : les syndicats sont là pour soutenir les revendications du peuple ? Même les banderoles étaient plutôt identitaires, disant nous soutenons tel ou tel syndicat, tel ou tel parti politique, disant nous sommes de telle fédération ou de telle ville. C’est rigolo, mais il y avait des gens, qui, tous seuls, s’étaient fabriqué leur petite pancarte, portant des appréciations plus ou moins pertinentes sur la situation actuelle ! Pourtant des mots d’ordre rassembleurs, c’est facile à trouver, non ?

 

Oui, bien sûr : « augmenter nos salaires », « le SMIC à 1500 € », « pas touche aux retraites », des choses comme ça ! Parce que la question des retraites, c’est la question des salaires.

 

Mais ces mots d’ordre sont absolument tabous ! Je ne les pas entendus une seule fois !

 

Tu exagères, moi je les ai entendus scander par la FSU. Et puis certains manifestants de SUD, de la CNT, mais d’autres aussi, demandaient le retrait du projet et appelaient à une grève générale !

 

Oui, bon, mais en fait, j’ai bien l’impression que les dirigeants syndicaux sont bien d’accord sur cette soi-disant réforme, et ils nous appellent à faire masse derrière eux pour qu’ils puissent négocier à la marge. Tu as entendu Ségolène Royal hier à la télé ? C’est bien qu’elle rappelle que c’est le CNR qui a mis en place la Sécurité Sociale et les retraites. Elle nous donne un discours de « gauche ». Mais quand elle dit « retraite à 60 ans », elle précise bien que c’est « le droit de partir à 60 ans », soit avec une retraite amputée de l’essentiel, soit quand on a commencé à travailler à 14 ans. Elle ne remet pas en cause la durée des cotisations et n’appelle pas à une augmentation des cotisations, donc des salaires ! C’est ce qu’a dit après Bernard Thibaut : « droit de partir à 60 ans ». Chéréque est encore plus clair quand il dit : « nous sommes les principaux acteurs de la réforme ». Il parle de la CFDT et de la CGT, non ? Et Thibaut ne le contredit pas ! C’est quand même incroyable ! Et tu as retenu que François Fillon se félicite que « les syndicats ont été très raisonnables » ? C’est ce que tu dis de …

 

Ah oui, Bebel, un révolutionnaire allemand. Il aurait dit « quand un bourgeois me félicite, je me demande quelle bêtise j’ai faite » !

 

Voilà, c’est une bonne question. En fait, cela montre que la bourgeoisie, ce qu’elle craint, c’est un mouvement social, genre grève générale. C’est d’ailleurs exactement ce qu’ont dit les deux journalistes à la fin de l’émission. Et ils croisaient les doigts pour que ça ne se fasse pas ! Mais j’ai bien l’impression que c’est ce que souhaitent beaucoup de gens ? D’ailleurs, tu sais quoi ? Quand le PS « gauchit » son discours, comme ce qu’a dit Ségolène : « si nous sommes élus en 2012, nous reviendrons sur cette réforme », je crois que le but est d’empêcher ce mouvement social en le remplaçant par une sorte d’élan électoral. Elle rêve, non ?

 

Oui, elle rêve : déjà des voix s’élèvent pour appeler à une grève qui dure jusqu’à l’abandon par le capital de son projet réactionnaire.

 

Doc.

 

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Une réflexion au sujet de « Ma grand-mère à la manif »

  1. Je comprends vos propos réactionnaires anticapitalistes .

    Qui peut encore croire a ces foutaises .

    il n’y a bien qu’en France ou dans les pays totalitaires que l’on peut -être communistes .

    Il y a quelques années l’on disait les communistes 20 puis 100 millions de morts !

    Sans doute beaucoup plus m’avait répondu un haut responsable Chinois .

    Par qui a été financé le siège de la place du colonel Fabien ?  le PC Russe .

    Très sincèrement

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