Guide du manifestant arrêté – édition 2013

En avril 2005, alors que le pouvoir s’était installé dans une frénésie législative et policière ayant pour conséquence, et parfois pour finalité, la répression de nombreuses formes d’expression collective, le Syndicat de la magistrature, fidèle à sa tradition d’accompagnement des luttes et des revendications du mouvement social, rédigeait son premier « Guide du manifestant arrêté ».

Les années qui ont suivi, marquées par une pénalisation toujours accrue de toutes les formes de mobilisation (décret « anti-cagoules », loi contre les « bandes »…), ont justifié une première mise à jour de ce guide en décembre 2009.

Puis il y eut l’alternance…

Mais l’arsenal répressif est toujours en place même si, sous la pression de la jurisprudence européenne puis nationale, une loi du 14 avril 2011 encadre désormais plus strictement les conditions de placement en garde à vue et renforce les droits des personnes qui la subissent.

Et les premiers mois de la gauche sécuritaire décomplexée, aux manettes place Beauvau, ne laissent guère augurer un changement sur le terrain.

La réédition actualisée du « Guide du manifestant arrêté » était donc nécessaire.

Rappelons cependant que le présent guide n’a pas vocation à se substituer aux conseils des professionnels du droit intervenant dans le cadre de la procédure pénale. Il n’a d’autre ambition que d’exposer les droits et devoirs des citoyens et de la puissance publique dans l’une des expressions majeures de la démocratie que constitue la manifestation.

L’attentat de Boston et la stratégie « démocratique » de la tension

La liberté pleurantDans la pire tradition cinématographique à laquelle Hollywood nous a habitués, nous avons assisté ces derniers jours au spectacle d’une ville – Boston – entièrement bouclée par un couvre-feu interdisant de sortir de chez soi tout en supprimant les réseaux de transports urbains.

 

Boston, la ville d’où est partie la Révolution américaine contre le royaume d’Angleterre, véritable centre des Lumières révolutionnaires au XVIIIème siècle, est ainsi devenue l’otage du FBI et de sa loi martiale, autorisant les fouilles maison par maison.

 

9.000 policiers, parmi lesquels le SWAT (special weapons and tactics) spécialisé dans les opérations paramilitaires dans les grandes villes, ont complètement paralysé la ville pour une chasse à l’homme qui a viré à la véritable démonstration de force. Djokhar Tsarnaev, le jeune homme en cavale et à peine âgé de 19 ans, avait peu de temps auparavant été désigné par les autorités comme le suspect numéro un de l’attentat.

 

Cet épisode a dévoilé une expérimentation grandeur nature d’occupation militaire de toute une ville. Les habitants ont pu au passage se rendre compte à quel point les droits civiques pouvaient voler en éclats face aux prétendues raisons de sécurité nationale, ce qui n’est d’ailleurs pas vraiment une première dans l’histoire récente de ce pays (USA patriot act et military commissions act…).

 

Mais l’importance de cette armada et la façon dont elle s’est répandue dans les rues de Boston montrent un caractère véritablement inédit qui selon nous ne restera pas sans suite. Car le prétexte de la lutte contre le terrorisme permet à un pouvoir policier et liberticide de faire passer en douce toutes les mesures qu’il souhaitait prendre depuis longtemps… y compris le démantèlement de l’État de droit.

 

Capitaine Martin

Entre faim et pauvreté, l’ombre est tombée sur le Parthénon…

Grèce - manifestationsIls sont certainement nombreux ceux qui, dans les salons où se décide l’avenir de l’euro, pensent qu’après tout, les Grecs méritent tout ce qu’ils endurent. Ils le méritent parce que l’Europe du nord est fondamentalement convaincue que l’Europe méditerranéenne a pendant des années tellement vécu au-dessus de ses moyens qu’il ne reste plus aujourd’hui aux Hellènes qu’à tendre la main vers ceux qui seront enclins à les aider, comme les Allemands par exemple, qui ont toujours su jouer de leur position dominante.

 

C’est une position cynique qui ne tient pas compte du fait que les peuples de la Méditerranée ont vécu jusqu’ici chichement avant de sombrer aujourd’hui dans une misère noire. Si ceux qui ont effectivement préjugé de leurs moyens représentent une toute petite partie de la population de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne ou du Portugal, ceux qui possèdent suffisamment pour éviter la crise qui s’abat sur les pauvres, sur les faibles, sur les vieux, etc., ne sont pas plus nombreux. L’opinion publique internationale ne peut plus fermer les yeux sur les enfants qui, à Athènes, fouillent les poubelles pour trouver quelque chose à manger, ou ces étudiants qui demandent de la nourriture aux copains. Le New York Times a découvert la semaine dernière que le « tiers-monde » est situé au cœur de l’Europe, dans l’indifférence de la troïka et des sommets européens. « Je n’aurais jamais imaginé une situation pareille, même dans mes pires cauchemars. Nous sommes désormais au point de voir partir nos enfants à l’école le ventre vide. Les familles n’ont pas seulement de difficultés avec le chômage ; elles luttent tout simplement pour survivre », a dit au quotidien étasunien Leonidas Nikas, directeur d’une école élémentaire à Athènes. On estime aujourd’hui que 10 % des élèves d’écoles élémentaires souffriraient de la faim en Grèce, ce qui rapprocherait le pays de certains pays africains.

 

Alexandra Perri travaille dans une école d’Acharnes. Elle a déclaré au New York Times que 60 des 280 élèves qui y étaient scolarisés souffraient de malnutrition, ajoutant que « les cas avaient nettement augmenté cette année ». Il y a donc un lien direct entre les coupes claires dans les budgets sociaux et l’explosion de de la pauvreté. Sans parler du nombre de suicides qui est allé crescendo ces deux dernières années. Et comme si ça ne suffisait pas, le système de santé semble être à l’agonie, et nombreux sont les Grecs qui ne peuvent plus s’offrir les soins appropriés. Pour bien comprendre la portée du phénomène, le taux de mortalité par suicide et par homicide a respectivement augmenté pour les hommes de 22,7 % et 27,6 % entre 2007 et 2009.

 

La Grèce est le meilleur exemple de l’échec des politiques d’austérité. Ce test grandeur nature effectué sur les ressortissants grecs peut ainsi montrer au monde entier qu’il est impossible de supposer une reprise économique sans intervention active de l’État. Davantage d’interventionnisme donc, à l’opposé du fanatique recours aux privatisations et au démantèlement de l’État imposés par une poignée d’inexpiables libéraux sans scrupules. Mais n’est-ce pas tout simplement illusoire dans le cadre de l’Union européenne qui impose systématiquement… des réductions de dépenses publiques ? Et sans investissement public… c’est la mort !

 

Capitaine Martin

À propos de la Corée populaire…

Impérialisme étasunienLa République populaire démocratique de Corée (RPDC) serait en pleine crise paranoïaque. Elle voudrait la guerre, nous dit-on. Pourtant, chaque année, les États-Unis et ses auxiliaires sud-coréens font des manœuvres militaires aux abords de la RPDC. Cette année, début mars, elles ont été d’une ampleur exceptionnelle, avec porte-avions, bombardiers B 52, dits « stratégiques » (c’est-à-dire avec bombes atomiques), et avions furtifs F 22. Plus de 200.000 militaires ont été mobilisés à cette occasion. À quoi peut servir un tel déploiement de force, sinon à l’intimidation !

 

On peut donc se poser la question : qui menace qui ? La RPDC menacerait-elle les États-Unis ? Avec son budget militaire, paraît-il énorme, mais qui représente moins de 1 % du budget militaire étasunien, lui-même équivalant à peu de choses près à la moitié de toutes les dépenses militaires du monde !

 

Prenez une feuille de papier et écrivez d’un coté « Corée populaire ». En-dessous, dressez la liste de tous les pays qu’elle a agressés depuis 1945. De l’autre coté, écrivez « États-Unis », et faites la liste de tous les pays qu’ils ont agressés dans la même période. Alors, qui est l’agresseur et qui est l’agressé ?

 

De plus, l’expérience montre qu’aucune conciliation n’est possible avec les États-Unis. Regardez ce qui s’est passé en Irak. Saddam Hussein a dit : « je n’ai pas d’arme de destruction massive, venez chez moi pour inspecter ». Ce geste de bonne volonté n’a servi à rien, il est mort et son pays est détruit. L’Iran a signé le traité de non-prolifération des armes nucléaires parce qu’il souhaitait être aidé pour développer le nucléaire civil. Il est en permanence menacé. Mouammar Kadhafi a été jusqu’à indemniser les victimes de l’attentat de Lockerbie, alors que sa responsabilité n’y est pas engagée. Il a été assassiné et son pays est détruit.

 

Essayer d’avoir des rapports cordiaux avec les États-Unis est vain. Ils portent l’hégémonie dans leurs gènes ! L’historien américain Howard Zinn explique que, durant les guerres indiennes, génocide fondateur des États-Unis, les gouvernements de l’Oncle Sam ont signé plus de 400 traités avec les tribus indiennes, et que tous ont été violés, sans exception !

 

Connaissant tout cela, on voit bien que la question n’est pas d’essayer d’amadouer les États-Unis par des sourires et des gentillesses, mais uniquement de savoir s’ils s’apprêtent ou non à une agression contre la RPDC. Il semble bien que la réponse soit oui !

 

Selon certains analystes, leur stratégie de contrôle du Proche-Orient a fait faillite. De plus, leurs besoins en pétrole importé sont moins criants, depuis qu’ils exploitent, sur leur sol, et dans des conditions environnementales épouvantables, les gaz de schiste. Ils se prépareraient donc à se recentrer sur l’Asie pour contenir la Chine. La RPDC est pour eux un objectif en soi. Mieux, elle est leur entrée sur la Chine ! Ils ont déjà fait le coup en 1950 ! Le risque d’une agression est donc bien réel.

 

Face à cette situation, faut-il faire des sourires ? Raconter que tout cela n’est pas si grave ? Ce n’est pas le choix que fait la RPDC. Elle dit : « si vous nous attaquez, on se défendra en y mettant tout notre cœur ! » La Corée ne baisse pas les yeux. Comment lui donner tort ?

 

D.R.

Libérez-les tous… et tout de suite !

Journée nationale des prisonniers palestiniensNous célébrions le 17 avril la journée nationale des prisonniers palestiniens. Ils sont aujourd’hui 4.812 (dont 219 mineurs) dans les geôles israéliennes. Depuis 1967, 750.000 Palestiniens sont passés par la case prison. Un chiffre équivalent à 20 % de la population de la Palestine occupée.

 

Nous croyons qu’il est juste et important de relayer l’appel lancé par les organisations de soutien à la Palestine, en apportant notre soutien à la lutte qu’elles mènent depuis plusieurs années en faveur des prisonniers palestiniens, en dénonçant les brutalités du système carcéral israélien et en appelant de toute notre force à l’arrêt définitif des tortures qui y sont pratiquées.

 

Le 23 février, un jeune Palestinien de trente ans, Arafat Jaradat, est mort à la prison de Meggido, là où plusieurs autres prisonniers ont déjà perdu la vie dans des circonstances suspectes. Selon le journal l’Humanité, Issa Qaraqe, ministre palestinien des détenus, a déclaré avoir reçu des informations « choquantes et douloureuses » faisant état que le jeune homme était décédé des suites de la torture. Le droit de résistance, voilà ce que veulent étouffer le sionisme et l’impérialisme dans les prisons de Meggido, Nafha, Ofer, etc., en enfermant des hommes, des femmes, des figures historiques et des dirigeants politiques tels que Ahmad Sa’adat, secrétaire général du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) ou Marwan Barghouti. À tous ces détenus s’ajoutent aussi les détenus de diverses nationalités arabes capturés au cours des conflits déclenchés par Israël et disparus depuis dans des quartiers de haute sécurité.

 

La lutte du peuple palestinien ne peut être séparée de celle menée par tous ceux qui se battent pour l’indépendance, l’autodétermination et le progrès de leur peuple. Partout dans le monde, c’est le même système d’oppressions économiques et impérialistes qui, sous des formes qui peuvent varier d’un pays à l’autre, impose sa brutale domination au détriment des peuples.

 

En Europe et dans le pourtour méditerranéen, la répression touche durement les mouvements sociaux et politiques qui s’opposent aux politiques antipopulaires et réactionnaires de la troïka, et avec encore plus de véhémence les organisations de classe qui conduisent un processus d’autodétermination. L’Union européenne est fermée au dialogue et c’est tout naturellement qu’elle accorde un franc soutien au gouvernement espagnol pour réprimer la gauche patriotique basque, tout comme elle soutient la Turquie dans sa guerre contre le mouvement de libération kurde dont le leader, Adbullah Öcalan, croupit depuis 1999 dans les geôles ottomanes.

 

La lutte anti-impérialiste en Amérique latine connaît aujourd’hui une période particulièrement intense, mais l’ennemi n’accepte pas de voir croître le processus révolutionnaire et socialiste sous la bannière de l’ALBA. C’est tout un continent qui construit son indépendance sur les principes de solidarité, de complémentarité, de justice et de coopération, mais il doit constamment faire face aux oligarques réactionnaires qui mettent tout en œuvre pour s’opposer à ce processus émancipateur, y compris en emprisonnant et en tuant les dirigeants politiques et syndicaux, comme on a pu le voir dernièrement au Pérou, au Chili ou en Colombie.

 

L’impérialisme n’accepte ni qu’on remette en cause sa domination, ni qu’on lui résiste, ni qu’on ait un autre projet de société que le sien. C’est la raison pour laquelle il a voulu barrer la route à la Révolution cubaine et maintient depuis plus de cinquante ans l’infâme blocus qui affecte l’économie de l’île. Mais le camp de la réaction ne s’arrête pas là : il n’a cessé de mener des activités terroristes derrière lesquelles on peut facilement deviner la main de la CIA. Dans une lettre en date du 3 mars 2004 adressée au Haut commissaire des Nations aux droits de l’homme, le ministre des relations extérieures de Cuba écrivait que les actions terroristes menées par le gouvernement nord-américain contre Cuba avaient causé depuis la Révolution 3.478 morts et 2.099 invalides permanents.    

 

Ces hommes et ces femmes sont emprisonnés pour s’être élevés de tout leur être contre la violence de l’occupation impérialiste et contre l’injustice sociale. Libérez-les tous… et tout de suite !

 

Capitaine Martin

Mali : la résolution de l’ONU permettra à la France d’occuper le pays

Armée française à Tombouctou« À l’heure actuelle, les troupes africaines déployées au Mali par la CEDEAO (communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest – NDLR) constituent une force totalement incapable », a déclaré Michael Sheehan, le conseiller du secrétaire à la défense pour les opérations spéciales et les conflits de basse intensité. Ces propos ont été tenus le 9 avril devant la sous-commission du Sénat pour les forces armées.

Quelque 4.300 soldats, en provenance de pays membres de la CEDAO (Nigéria, Togo, Niger, Sénégal, Bénin, Burkina Faso, etc.), sont aujourd’hui déployés au Mali. Même le Tchad, qui n’est pas membre de la communauté, a envoyé 2.000 hommes pour combattre aux côtés des troupes maliennes et françaises. En comptant les troupes françaises (4.000 hommes), ce sont donc près de 10.000 soldats qui appuient les troupes maliennes.

Michael Sheehan a tenu malgré tout à remercier la France pour l’opération menée de façon « absolument excellente ».  « Les Français ont réagi très vite et ont repoussé Aqmi au-delà du fleuve Niger. Ils ont repris le contrôle des villes du Nord ». Le responsable du Pentagone reconnaît que « nombre de leaders d’Aqmi n’ont pas été capturés ou tués, mais la France a démantelé leurs sanctuaires ». Toutefois, les rebelles islamistes, qui se sont réfugiés dans l’Adrar des Ifoghas, sont en train de donner du fil à retordre aux soldats français.  

Le responsable étasunien a également abordé la question des casques bleus. Pour le moment, une des deux options envisagées par Ban Ki-moon impliquerait une mission de stabilisation « en complément d’une force parallèle qui serait autorisée à utiliser tous les moyens nécessaires pour contrer les menaces susceptibles d’entraver son mandat ». Autrement dit, traquer les militants islamistes. Pour ce qui est du contingent onusien, pas moins de 11.500 casques bleus devraient être engagés dès le mois de juillet dans l’opération de maintien de la paix au Mali. Parmi eux, 150 seront français, À ce sujet, Washington a les idées claires. Selon Sheehan, les casques bleus devraient se cantonner à des missions de sécurisation : « ce type de forces devrait être en mesure de contrôler les villes et de permettre aux Français de concentrer son effectif réduit sur des objectifs ciblés ». « Il incombera à la France de faire la chasse aux rebelles, peut-être avec notre soutien », a ajouté le responsable étasunien.

L’Algérie, quant à elle, s’est toujours montrée réticente à intervenir directement au Mali, visiblement consciente que cela pourrait réveiller de vieux démons chez les militants islamistes. Elle a seulement autorisé le survol de son territoire aux avions français tout en refusant de faire intervenir ses troupes. Hollande, Clinton et beaucoup d’autres s’étaient rendu à Alger pour convaincre Abdelaziz Bouteflika d’intervenir. Mais le président algérien a toujours soutenu la voie du dialogue sur la question malienne, et chacun d’entre eux était rentré bredouille dans son pays d’origine.

Sur le scénario qui devrait se jouer prochainement au Mali, Michael Sheehan a estimé que « la Somalie est un bon exemple de ce qu’il faut faire : déployer une force de l’ONU chargée d’une mission raisonnable. Débusquer Aqmi des montagnes et attaquer leur leadership est un boulot pour une force bien plus capable. L’ONU ne peut pas faire cela et nous ne devons pas attendre d’elle qu’elle le fasse. Ce sera aux Français, peut-être avec notre soutien, de s’en occuper ».

La comparaison avec la Somalie est décidément très maladroite. Ce pays est en guerre depuis plus de vingt ans, et malgré le ton triomphal tenu par la communauté internationale, qui parle de la défaite d’al-Shabaab, les militants islamistes continuent de contrôler certaines parties du territoire tout en menant des attaques sporadiques contre le gouvernement fantoche imposé par les États-Unis.

Le discours de Michael Sheehan a été tenu le lendemain du retrait d’une centaine de soldats français, ce qui porte aujourd’hui à 3.900 le nombre de militaires français encore projetés au Mali. C’est donc un retrait bien symbolique. Paris exprime son intention de partir… mais reste militairement pour combattre. Dans le même temps, la presse locale malienne critique la décision de l’ONU justifiant la création d’une force parallèle dont la mission sera purement offensive. Soulignons que ladite force sera composée de mille hommes et que le projet de résolution autorisant son déploiement à partir de juillet prochain est actuellement en discussion à New-York. Mille hommes… C’est exactement le nombre de militaires que la France entend maintenir au Mali. En clair, l’ONU autorise la France à occuper le Mali pendant un certain temps.

Capitaine Martin

Les systèmes familiaux expliqués à ma grand-mère

Systèmes familiauxLes systèmes familiaux ? J’ai l’impression que tu vas m’entraîner sur des sujets un tout petit ennuyeux … et pas très politiques ! Je me trompe ?

 

Oui, tu te trompes ! C’est au contraire très politique. Marx et Engels s’étaient déjà intéressés aux questions de la famille, et Friedrich Engels a écrit un bouquin très connu, « l’origine de la famille, de la propriété privé, et de l’État » en s’appuyant sur les recherches d’un ethnologue américain nommé Morgan. Mais la première phrase du texte est : « tant qu’une documentation considérablement élargie n’imposera pas des changements, sa manière de grouper les faits restera sans doute en vigueur ». Eh bien, nous y sommes ! Cette documentation existe, et nous permet de relever de nombreuses erreurs dans le texte d’Engels, de contester son histoire de la famille, et même de larges parties de son explication sur l’État !

 

Tu es en train de critiquer Engels, mon grand ! Tu ne fais pas un peu fort ?

 

C’est nécessaire, grand-mère. Marx et Engels ont écrit il y a 150 ans. Respecter leur œuvre, c’est aussi être capable de l’actualiser.

 

Mais revenons aux systèmes familiaux. Il faut que je te parle d’Emmanuel Todd ! C’est un démographe français qui a commencé ses travaux sur les structures familiales dans les années 80. Il est assez réservé à l’égard du marxisme, mais cela n’empêche pas, selon moi, que ses conclusions soient utiles.

Oh, voilà que tu t’appuies sur un auteur anti-communiste !? Ce n’est pas le début du dérapage ?

 

Mais non, grand-mère ! Tu sais, Isaac Newton a été un aristocrate réactionnaire, mais il a quand même découvert l’attraction universelle et l’a quantifiée. Le débat politique ne doit pas conditionner le débat scientifique. C’est à nous d’essayer de comprendre, c’est tout ! D’ailleurs, et d’une façon générale, il n’y a pas d’obstacle à s’appuyer sur des auteurs qui ne sont pas marxistes. Marx et Engels l’on fait abondamment (et justement dans L’origine). C’est à nous de nous efforcer d’en avoir une lecture marxiste, autant que possible.

 

Bon alors, il dit quoi Todd ?

 

Il définit essentiellement deux paramètres pour comprendre la façon dont les familles fonctionnent. D’abord, l’autorité, ou la non-autorité des parents sur leurs enfants mariés. En effet, tous les parents ont autorité sur leurs enfants, mais, quand ils deviennent adultes et se marient, doivent-ils quitter le domicile familial pour fonder leur propre famille de façon autonome, ou restent-ils au domicile des parents avec leurs épouses, restant ainsi sous l’autorité du père ? Todd mesure cette question par la proportion de ménage à trois générations : dans les pays ou les régions où elle est significative, il conclut à l’existence de familles « autoritaires ». Si les enfants doivent quitter le domicile des parents dès leur mariage, la famille est « non-autoritaire ». Deuxième paramètre, les parents regardent-ils leurs enfants comme égaux ou non ? Curieuse question me diras-tu, mais Todd observe la façon dont est transmis l’héritage familial, idéalement la ferme. À la mort des parents, soit les biens sont partagés à égalité entre les enfants, et la famille est égalitaire (c’est ce que dit, par exemple, la loi française), soit les biens sont attribués uniquement, ou principalement, à l’un des enfants, généralement l’ainé, les autres enfants n’ayant rien… ou peu. La répartition se fait alors par testament (c’est le système anglo-saxon), et la famille est inégalitaire.

 

Deux fois deux critères, cela donne quatre types familiaux. Todd les nomme « famille communautaire » quand il y a à la fois autorité et égalité, « famille nucléaire » quand il y a à la fois égalité et non-autorité, « famille souche » quand il y a à la fois autorité et inégalité, et enfin, « famille nucléaire absolue » quand il y a à la fois non autorité et non-égalité.

 

Alors, on s’aperçoit que ces types familiaux ne sont ni isolés ni dus au hasard, mais forment de vastes ensembles. Ainsi, l’Allemagne, le Japon et la Corée sont de type « souche », c’est-à-dire autoritaire et inégalitaire, l’Angleterre et les États-Unis sont de type « nucléaire absolu », c’est-à-dire non-autoritaire et non-égalitaire, la Chine et la Russie sont de type « communautaire », autoritaire et égalitaire. En France, les quatre types familiaux existent, mais, depuis la Révolution Française, ce sont les principes de la famille nucléaire (égalitaire et non-autoritaire) qui dominent.

 

Admettons la typologie, mais concrètement, ça sert à quoi ?

 

Eh bien, les enfants qui baignent dans une culture familiale, jamais explicite, mais très prégnante, se projettent dans le monde en fonction de ces critères. Ainsi, les populations issues de familles égalitaires concevront un monde « universaliste », où chaque individu, au- delà de ses différences d’aspect physique ou culturel, est l’égal de tous les autres. Mais les populations issues de familles inégalitaires vivront un monde « différencialiste », où les individus, malgré leurs similitudes, seront vus comme différents. Par exemple, la France, qui est globalement universaliste, ne fait pas obstacle à l’union matrimoniale entre ses enfants et les enfants de populations accueillies sur son sol, même si l’assimilation n’est pas totalement achevée. Nous sommes les champions du monde du « mariage mixte » ! Par contre, les Étasuniens, vivement différentialistes, continuent à ne pas accepter d’union matrimoniale avec leur population noire, qui est pourtant totalement étasunienne. Ils continuent à en faire une catégorie à part, en les appelant « Afro-américains », alors même qu’ils n’ont aucun lien ni culturels, ni familiaux avec l’Afrique.

 

Les chiffres sont parlants : selon l’INED, en France, entre le quart et le tiers des populations issues de l’immigration sont en « union matrimoniale mixte », alors qu’aux États-Unis, moins de trois pour cent de la population noire sont en union matrimoniale avec un blanc. Pour plus de détails sur ce sujet, tu peux lire : « le destin des immigrés », d’Emmanuel Todd.

 

Tout ça est un peu trop « déterministe » à mon goût. Parce que si on poursuit ton raisonnement, il y a une sorte de mécanique qui nous dépasserait tous et ne laisserait que peu de choix !

 

Pas vraiment. Essentiellement parce qu’il s’agit d’un phénomène statistique. Cela explique les attitudes de populations suffisamment importantes, jamais celles d’un individu, ni même celles d’un groupe d’individus. Ainsi, dans un océan différentialiste, aux États-Unis par exemple, on peut trouver des individus qui vont protester contre l’attitude selon laquelle on doit voir un terroriste potentiel dans chaque musulman. Mais c’est un positionnement qui se situe à la marge de la société dans son ensemble. Globalement, chaque population baigne dans un bruit de fond anthropologique qui la prédispose à envisager telle ou telle solution pour résoudre ses problèmes, en accord avec son système familial.

 

Je vais te donner un autre exemple. Au 16ème siècle, lors de la conquête des Amériques, des Espagnols, au sud, vont être horrifiés des massacres d’Indiens. Et ils vont protester en Espagne même. Cela donnera un débat, qui s’appellera la controverse de Valladolid. Ils concluront que toutes les sociétés sont d’égale dignité. Il y a bel et bien eu des massacres quand même, mais pas de génocide. Au nord, les Anglo-saxons n’ont pas eu ces états d’âme, et ont fait disparaître l’essentiel des populations autochtones. Sur ces deux exemples, on voit bien la différence entre universalisme et différentialisme !

 

Tu as dit tout à l’heure qu’en France, nous avions les quatre systèmes familiaux. Comment ça se présente ?

 

En gros, le bassin parisien est porteur de la famille nucléaire (égalitaire et non-autoritaire), ainsi que la façade méditerranéenne autour de Marseille. Ce fut le cœur de la Révolution Française, avec la devise Liberté-Egalité-Fraternité, qui est le marqueur du type familial. C’est aussi dans le bassin parisien que se développera l’anarcho-syndicalisme, qui adoptera (plus ou moins) le marxisme. Dans la périphérie de cet axe, c’est-à-dire à l’Est (l’Alsace par exemple), au Nord-est (le Lyonnais), à l’Ouest (la Bretagne) et au Sud-ouest (le Béarn, le Pays Basque, par exemple), on a des familles de type souche (inégalitaires et autoritaires) avec quelques zones de familles communautaires (égalitaires et autoritaires), dans le Limousin par exemple. Tout cela n’est pas sans conséquences : la grande propriété foncière de la Beauce, au Sud-ouest de Paris, vient de l’héritage égalitaire ; les parcelles reçues en héritage deviennent, au fil des générations, si petites, que certains héritiers, attirés par la ville, préfèrent les vendre à ceux qui restent sur place. Par contre dans le Béarn, l’héritier unique maintient des domaines à peu près intacts.

 

Et alors, tu as une préférence pour quel type familial ?

 

Oh, mauvaise question grand-mère ! Il faut être convaincu que chaque population a d’excellentes raisons d’avoir adopté, au cours d’une histoire millénaire, tel ou tel type familial. Il n’y a pas de bonne et de mauvaise famille, mais simplement chacun fait au mieux dans les conditions qui sont les siennes. Mais on peut en tirer quelques conclusions. D’abord, que les positions adoptées par un pays, sont forcément en adéquation avec son type familial. Par exemple, les Russes et les Chinois, de type communautaire, c’est-à-dire universaliste, sont favorables à un monde « multipolaire », où chacun est à égalité, quelle que soit sa puissance. Sur cette base, ils rejettent la position étasunienne, inégalitaire, qui s’acharne à construire, puisqu’elle croit en avoir les moyens, une position hégémonique.

 

En fait, les peuples sont tous équivalents, mais tous différents ! Cela montre qu’il n’y a pas de modèle : ce qui marche à un endroit, n’est, en général, pas transposable à un autre endroit. Tu vas peut-être trouver ça consternant, mais il n’y avait pas de modèle soviétique, il n’y a pas de modèle chinois, ni suédois, ou tout ce que tu veux. Il y a des expériences qu’il faut étudier, pour en tirer les solutions les plus adaptées à nos propres conditions !

 

D.R.

Afghanistan. La production d’héroïne a été multipliée par quarante depuis l’intervention de l’OTAN

Oncle Sam et l'opium d'AfghanistanLa production d’héroïne a été multipliée par quarante en Afghanistan depuis l’intervention de l’OTAN, en 2001. Ces chiffres alarmants ont été avancés par Viktor Ivanov, directeur du service fédéral russe de contrôle des narcotiques, dans son discours tenu à Vienne le 11 mars 2013 à l’occasion de la 56ème session de l’office de Nations-Unies contre la drogue et le crime. Une bonne occasion pour rappeler qu’un peu plus d’un million de personnes ont perdu ces dix dernières années la vie en raison de l’abus de stupéfiants.

 

Viktor Ivanov a avancé qu’un des principaux facteurs d’instabilité en Afghanistan était encore représenté par l’héroïne : « tout observateur impartial doit admettre la triste réalité que la communauté internationale n’a pas réussi à stopper la production d’héroïne en Afghanistan depuis l’arrivée des troupes de l’OTAN ». Au cours de la dernière décennie, la place de l’opium dans l’agriculture a fait un bond de 18%, passant de 131.000 hectares cultivés à 154.000. Au point de pouvoir dire sans se tromper que sa production est devenue centrale dans l’économie du pays. 

 

Peu de temps avant l’intervention de l’OTAN, les talibans avaient pris des mesures d’interdiction de l’opium, le déclarant contraire aux lois islamiques, et avaient réussi à abaisser notablement le niveau de production. Mais la production redémarra de plus belle depuis l’occupation occidentale, et Kaboul couvre désormais 90 % du marché mondial de l’héroïne dont une grande partie se retrouve dans les rues des villes des États-Unis, de Russie et d’Europe.

 

Ivanov en a profité pour rappeler comment il tentait de convaincre la population locale qui doit souvent sa survie à la culture du pavot, et aussi comment il espérait couper le financement des talibans qui sont fréquemment en mesure de trouver des fonds provenant de la vente de l’opium à des marchés étrangers. Ce qui n’est pas une mince affaire quand on sait qu’environ 15 % du produit national afghan sont directement issus des exportations de drogue, dont le montant est estimé à quelque 2,4 milliards de dollars par an.

 

Les États-Unis et l’OTAN n’ont visiblement pas l’intention de faire table rase des champs d’opium, ce qui soulève de nombreux doutes car en Colombie, le gouvernement local et l’Oncle Sam ont détruit près de 150.000 hectares de coca en 2011. Une broutille à côté des 2.000 plans d’opium déracinés dans le même laps de temps.

 

Une raison à cela selon la chaîne d’information Russia Today : les banques internationales tireraient avantage de cette situation. La drogue serait ainsi devenue pour elles aussi importante que le pétrole ou le gaz naturel.

 

Capitaine Martin

 

Le trafic mondial de la drogue

C’est raté en Alsace : réjouissons-nous !

Désengagement de l'EtatC’était pourtant parfaitement clair, et diaboliquement simple : on supprime les deux départements, on ne conserve que la région, et comme ça, on fait plein d’économies ! Et c’est moderne : le département, vieillerie inventée par Napoléon pour avoir l’œil sur tous les coins de France… Quelle horreur !

Mais voilà, en France, on aime bien nos départements. Il y avait déjà eu une tentative de liquidation avec les nouvelles plaques d’immatriculation : le numéro du département devait disparaître. Mais devant les protestations, il a dû être réintroduit !

La Corse avait été un terrain d’essai en 2003. Un référendum se proposait de supprimer les deux départements de l’île. Déjà raté ! Avec une bonne participation, plus de la moitié des Corses avait dit non !

Les Alsaciens ont fait encore plus fort : dans le Bas-Rhin (Strasbourg), moins de 23 % des électeurs se sont dérangés ! Et dans le Haut-Rhin (Colmar), un gros tiers des électeurs a été donner son avis, dont 56% ont dit non : un bon loupé dans les deux départements !

Les promoteurs du référendum expliquent leur échec par la difficulté à comprendre les raisons de cette salutaire « simplification administrative » : c’est trop dur à comprendre, alors les électeurs n’ont rien compris ! Ben voyons, tous des ânes ! Tout le monde a parfaitement compris qu’il y avait une mauvaise action là-dessous. Peut-être bien un mauvais coup contre l’État, un pas vers sa liquidation, au profit de l’Europe, sans doute ? La résistance populaire à ces malfaisants est tout à fait nette !

Un abruti breton, député UMP, nommé Le Fur, n’est pas content : « le non alsacien n’arrêtera pas la Bretagne », tonne t-il !

Il n’a rien compris au film, le pauvre garçon ! Mais c’est curieux cette volonté des anti- départements de tenter d’encercler Paris par sa province. Craindrait-il une réaction de la région parisienne, berceau de la République ?

D.R.

Patriyòt n° 13, journal du PKLS

Le Parti communiste pour l’indépendance et le socialisme (Pati kominis pour lendépandans ek sosyalizm en créole) vient de nous envoyer le dernier numéro de Patriyòt, la nouvelle version de son mensuel.

Au programme de celui-ci,

 

  • aucune fatalité n’est de mise
  • épandage aérien : l’État français et son préfet colonial se moquent de la santé des Martiniquais !
  • Hugo Chavez : « comment sortur du labyrinthe ? »
  • faire vivre notre carnaval avec notre imagnaire martiniquais et non le transformer en produit touristique
  • mars 1961. La répression coloniale fait rage : trois Martiniquais abattus au Lamentin
  • il y a cinq ans, en mars 2008, des sionistes se considérant en pays conquis agressaient des Arabes. Le PKLS avait réagi et publié le communiqué suivant…
  • Yo di, yo matjé : ce qu’ont osé écrire leurs grands humanistes (Voltaire)
  • la plus-value, fondement de l’économie capitaliste
  • le nouveau pape François : pas si nouveau, pas si saint que ça ?!
  • Syrie : la grande manipulation des dirigeants français
  • réunion débat : notre santé est en danger