Résistance

Aujourd’hui, la classe ouvrière peut-elle jouer le même rôle qu’en 1917 ?

Il y a 100 ans, la classe ouvrière russe montait « à l’assaut du ciel », pour reprendre la formule de Marx à propos des communards de 1871, c’est-à-dire qu’elle s’emparait pour la première fois du pouvoir économique et politique dans un pays gigantesque. Souvent, les historiens, les politiciens bourgeois de gauche et les réformistes en tout genre tentent de nous convaincre que ce n’est plus possible aujourd’hui, qu’il s’agissait d’une anomalie survenue dans une société archaïque, et que de nos jours, ce ne serait plus viable ni nécessaire.

La classe ouvrière, moteur de l’Histoire hier comme aujourd’hui ! 

Pour nombre d’intellectuels, de politiciens et de médias, la classe ouvrière française ne correspondrait plus qu’à une petite part de la société. Pour eux, ce sont les bleus de travail, les grosses chaînes de production, les usines automobiles… Une telle classe ouvrière existe encore, bien qu’entre 1970 et aujourd’hui, elle soit passée de 7 à 6 millions de personnes, et que sa part représentative dans la sphère active soit passée de 40 à 20 %. Bien entendu, 6 millions, c’est déjà énorme par rapport aux effectifs du prolétariat industriel à l’époque où Marx écrivait le Manifeste du Parti communiste. Le changement le plus notable concerne surtout la concentration, qui est moindre, les centres de plus de 5 000 ouvriers s’étant raréfiés au gré des fermetures de sites, des licenciements et des attaques du patronat. Mais la classe ouvrière, ce n’est pas que l’industrie et le bleu de travail : aujourd’hui, on peut parler d’une prolétarisation de la société ; non par volonté d’utiliser un verbiage qui rendrait « plus rouge » la société actuelle, mais par simple analyse objective. On définit le prolétariat comme celles et ceux qui n’ont que leur force de travail pour subsister, et qui n’ont aucun moyen de contrôler du capital ou des moyens de production. 

Si nous retenons cette définition, et si nous excluons les métiers relatifs à la répression et au maintien de l’ordre, ainsi que ceux qui participent à la chaîne de commandement des entreprises, le nombre de travailleurs qui n’ont que leur emploi est très élevé. Cela équivaut à près d’1,9 million de personnes dans la fonction publique d’État, et dans le privé, à environ 14 millions d’employés et d’ouvriers. À ces chiffres, nous pouvons ajouter une bonne part des « professions intermédiaires », comprises entre les cadres et les agents d’exécution, et qui représentent 7 millions de personnes. Au final, ce sont 22,9 millions de femmes et d’hommes qui relèvent directement d’une couche de salariés ne disposant que de leur force de travail pour subsister, soit 81,7 % de la population active. Sans parler des travailleuses et des travailleurs privés d’emploi, qui sont près de 6 millions aujourd’hui en France. 

Ces chiffres montrent bien que la force numérique des prolétaires est prépondérante en France : derrière chaque action, chaque production directe ou indirecte, il y a des salariés. La part de patrons, cadres ou dirigeants est minime. D’ailleurs, le nombre de travailleurs participant à la chaîne de production d’un téléphone ou d’une une voiture a augmenté, ces dernières années. La classe ouvrière n’a donc pas disparu, loin de là. Dans les services, les conditions de travail ressemblent de plus en plus à celles des ouvriers d’usine, qu’il s’agisse des centres d’appels téléphoniques, du commerce, des plateformes de distribution, etc. De plus en plus, le travail ressemble à celui d’une chaîne, avec des tâches précises, souvent non qualifiées et sous-payées, qui doivent s’enchaîner, situation d’ailleurs qu’on retrouve aussi dans la santé et dans de nombreux services publics. 

En définitive, les prolétaires sont plus nombreux qu’en Russie en 1917. Notre nombre et notre présence dans tous les secteurs font que notre classe, plus que jamais, serait en mesure de prendre et d’exercer le pouvoir. 

Une société moderne, impossible à diriger ? 

Un autre argument avancé aujourd’hui est que la société est infiniment plus complexe et hiérarchisée qu’autrefois, ce qui la rendrait impossible à diriger par les travailleurs. 

L’État dispose de grandes écoles, pour ses hauts fonctionnaires, ses chefs politiques, les dirigeants des grandes entreprises : il s’agit d’accréditer l’idée que seule une élite triée sur le volet pourrait diriger la société. 

Notre opinion à ce sujet est totalement inverse, dans la mesure où les classes laborieuses, à tous les niveaux, ont un rôle-clé dans le fonctionnement des entreprises et de la société. Si l’on prend l’exemple d’une ville, son réseau d’écoles et de cantines, ses services de nettoyage, de transports, de distribution d’eau et d’électricité, l’organisation d’évènements divers et variés, rien de tout cela n’existerait sans l’action de travailleuses et de travailleurs. Les responsables et les décisionnaires ne font que tracer des plans, qui en réalité s’appuient la plupart du temps sur les bilans et les remarques des équipes chargées de leur mise en œuvre. À vrai dire, les travailleurs pourraient diriger la ville, car ce sont eux qui la font tourner et qui en ont une pleine connaissance ; ils seraient même capables de l’améliorer, en accédant aux finances et en les gérant de façon rationnelle et utile à la collectivité, en supprimant les dépenses somptuaires, les gaspillages relevant du parasitisme social des chefs ou de la complaisance vis-à-vis des entreprises « amies » de la mairie. 

Dans les entreprises privées, les choses ne sont guère différentes. À tous les niveaux, des travailleuses et des travailleurs qui n’ont aucun intérêt dans le capital de la société appliquent les décisions et les ordres de la direction. Dans le cas d’une entreprise automobile, les salariés connaissent les procédés de construction, les matériaux nécessaires, le fonctionnement d’un moteur… et parfois même la façon dont il pourrait être amélioré. En 1960, déjà, les salariés de l’automobile relevaient que certains changements dans la production allaient entraîner une baisse de la qualité ; alors aujourd’hui, avec des ouvriers encore mieux formés, qui ont été rendus polyvalents par la multiplication des tâches à des postes différents au nom de la « flexibilité », la compréhension des moyens d’améliorer la production est bien plus élevée encore. 

On nous rétorquera alors que seuls les ingénieurs peuvent mener la recherche et le développement, nécessaires aux améliorations et à la transition énergétique. Pourtant, même ces recherches sont freinées par le manque de moyens ou par les stratégies imposées par l’État et/ou les entreprises. Dans le domaine de la transition énergétique, Renault, Total ou Elf limitent financièrement ces recherches et veulent continuer à exploiter à fond les technologies liées au pétrole tant que cette ressource n’est pas encore tarie. Les « petites mains » des laboratoires débordent souvent d’idées pour tout améliorer, mais elles se heurtent à des injonctions capitalistes et à des refus d’investissements. 

À l’échelle d’un pays et même au niveau international, toutes ces tâches sont l’œuvre de travailleurs. Il est évident qu’il serait plus simple et plus rationnel que ce soient eux qui s’accordent entre eux pour la poursuite d’objectifs communs, au lieu de requins de la finance qui rêvent de plumer leurs concurrents. 

Le fonctionnement quotidien de la société est déjà le fait de millions d’anonymes qui appliquent des directives tout en percevant les dysfonctionnements et les possibles améliorations. S’il s’agissait pour eux de gérer la société entière, il n’y aurait pas de chambardement général, mais plutôt une libération allant de pair avec une amélioration des conditions de travail et du fonctionnement de la production et de la société dans son ensemble. 

Combattre pour la perspective d’une révolution socialiste, cela implique aussi de connaître les secteurs qui occuperont une position stratégique dans le contexte d’une situation révolutionnaire : par exemple, il sera indispensable d’avoir de notre côté les salariés de l’informatique et des télécommunications. On imagine aisément la puissance d’un comité de grève qui serait capable d’envoyer des SMS à l’ensemble des travailleurs d’une zone géographique pour les appeler à soutenir un piquet ou à se rendre à tel ou tel endroit. On peut aussi imaginer une paralysie générale de tous les instruments de surveillance numérique (géolocalisation, écoutes téléphoniques, vidéosurveillance, traçage internet, drones, etc.) utilisés par les forces de répression, un blocage de leur accès aux réseaux de communication… Les technologies utilisées par la bourgeoisie pour le maintien de son ordre social pourraient se retourner contre elle, leur mise en œuvre et leur maintenance dépendant elles aussi de travailleurs. 

Conscience de classe et parti : des problèmes actuels et urgents 

Les prolétaires sont plus nombreux qu’il y a un siècle, leur capacité à gérer la société dans son ensemble est bien plus grande qu’en 1917. La difficulté n’est donc pas de nature objective, comme certains le prétendent, mais se situe plutôt dans la sphère subjective, celle de la conscience de classe et de l’organisation politique. 

Selon les propos de la politologue Nonna Mayer, publiés en 2012 sur le site web de TNS Sofres, « En 1966, sur l’ensemble de la population, 23 % avaient le sentiment d’appartenir à la classe ouvrière et 13 % aux classes moyennes. En 2010, les proportions se sont inversées, c’est 6 % pour la classe ouvrière et 38 % pour les classes moyennes ». Cette évolution, liée à de nombreux facteurs, peut notamment s’expliquer par un plus large accès à divers biens de consommation dans la vie quotidienne (équipements high-tech, électroménager, véhicules personnels, etc.), à des produits qui étaient autrefois réservés à une élite. Pourtant, une telle évolution ne modifie rien au rapport à l’appareil de production et à l’exploitation, laquelle peut tout nous faire perdre en un rien de temps, au gré d’un licenciement. Qui plus est, l’accès à de tels équipements, que l’on peut de moins en moins assimiler à des produits de luxe tant ils sont devenus banals, s’explique moins par un « embourgeoisement » de la classe ouvrière que par les énormes gains de productivité qu’a connu le capitalisme depuis l’après-guerre. 

Le principal problème de notre époque est celui de la conscience de classe, de la compréhension par les travailleurs de leurs intérêts communs en tant que membres d’une même classe sociale exploitée. Cette situation est complexe : nombre de salariés ont bien sûr le sentiment que le gouvernement et les grands patrons vivent dans un autre monde que le leur, et qu’ils sont porteurs de tous les mauvais coups qui leur arrivent ; pourtant, cela ne suffit pas à ce qu’ils accèdent à la conscience d’appartenir en positif à une classe sociale, c’est-à-dire avec la nécessité de définir une action défensive et offensive commune. 

Les directions des syndicats et des grands partis issus du mouvement ouvrier ont une responsabilité écrasante dans ce recul de la conscience de classe, car cela fait bien longtemps qu’elles ont cessé de combattre pour que les travailleurs s’émancipent par eux-mêmes. Souvent, les directions syndicales défendent une politique hésitante et timorée, au prétexte que les salariés ne seraient pas prêts, ou qu’avec les intérimaires, « c’est plus compliqué »… Elles ont une politique de division et de démobilisation, à travers des luttes sectorielles sans volonté de construire un « tous ensemble », ou dans le cadre de négociations avec le grand patronat ou le gouvernement : en diverses occasions, leur doctrine équivaut toujours à faire comme si nous n’avions pas tous les mêmes intérêts, et comme si les travailleurs n’étaient pas assez forts pour retourner la situation à leur avantage. 

Pourtant, les travailleurs demeurent potentiellement capables de bloquer toute l’économie et de la faire fonctionner dans leur propre intérêt et celui de la collectivité. Dans cet objectif, il faut œuvrer à la reconstruction de la conscience de classe, d’organisations dont la boussole est la lutte de classe en vue de la prise du pouvoir par les travailleurs ; nous devons allier la théorie et la pratique, pour faire des expériences et éduquer les masses pour monter « à l’assaut du ciel »

Hermann pour Anticapitalisme & Révolution

Résistance

Solidarité avec le PC polonais !

Samedi 27 janvier 2018, une bonne centaine de militants, communistes et/ou internationalistes, se sont retrouvés devant l’ambassade de Pologne à Paris à l’appel de plusieurs associations parmi lesquelles les Amis d’Édward Gierek, le Comité internationaliste pour la solidarité de classe, la fédération du Pas-de-Calais du Parti communiste français et le Pôle de renaissance communiste en France.

Malaise diplomatique face à la solidarité internationale

Sont également présents un représentant de la Coordination 59 et plusieurs militants du PCRF, des Polonais de Paris, une déléguée du PC polonais, le représentant d’un PC russe, un membre du CN du PCF à titre personnel, des JCF, une personnalité communiste indonésienne, un camarade communiste italien, ainsi qu’Annie Lacroix-Riz et Georges Gastaud, soulignant ainsi le caractère international de l’événement. Des rassemblements similaires ont d’ailleurs eu lieu à Berlin, Londres, Moscou, Leningrad, Madrid, Barcelone… Des manifestants s’étonnent toutefois de l’absence inexpliquée de certains signataires de l’appel aux autorités polonaises. En dépit de demandes répétées, Tomasz Młynarski, l’ambassadeur de Pologne à Paris, a refusé de recevoir une délégation en prétextant un agenda chargé – ce qui prouve le malaise actuel du corps diplomatique polonais sur la question… Rappelons que deux militants communistes risquent deux ans de prison pour avoir… écrit des articles où ils disaient du bien de la Pologne socialiste dans Brzask, la revue du KPP !

L’Union Européenne complice

Les slogans dénoncent le fascisant président polonais Kaczynski, mais aussi la complicité de l’Union européenne qui « bénit les fascistes et traque les communistes » en multipliant les poursuites contre les dirigeants et les journalistes communistes. Les interventions se succèdent pour dénoncer la diversion anticommuniste face à une situation économique désastreuse qui a transformé le pays   en réservoir de main-d’œuvre taillable et corvéable à merci, la chasse aux sorcières qui touche aussi la Hongrie, les pays baltes, l’Ukraine, la montée de l’autoritarisme en France même (4.300 militants poursuivis pour avoir lutté contre la loi Travail). Elles pointent la fascisation qui accompagne l’intégration supranationale de l’Union européenne néolibérale, et appellent à la nécessaire solidarité internationaliste de classe qui unit les communistes par-delà les frontières.

Ovation pour le KPP

Une ovation salue la représentante du KPP lorsqu’elle prend le mégaphone. « En Pologne, on se sent parfois bien seuls, envahis par l’anticommunisme et aux prises avec la démonisation de notre passé et de la Pologne populaire », commente-t-elle. « Je suis ravie de vous voir ici. C’est un grand espoir pour nous ». Et de rappeler que « ce procès est un élément clé des répressions contre la gauche révolutionnaire et communiste en Pologne. Cette accusation est le premier instrument afin d’interdire, de délégaliser le Parti communiste polonais et de criminaliser l’idée communiste ». Le rassemblement se conclut aux accents de l’Internationale et de la Varsovienne, l’un des chants de combat de la Révolution d’Octobre.

A bientôt MM. les diplomates polonais, qui avez courageusement préféré – sans doute au nom de l’antitotalitarisme et de l’amour du “pluralisme – fermer votre ambassade plutôt que d’engager le dialogue avec les Français qui ne pensent pas comme vous !

V.F

Résistance

Enseignant.e.s en Seine-Saint-Denis, nos inquiétudes face à « l’esprit Charlie »

Sonia Taleb et Ramzi Kebaili mettent en garde dans cette tribune contre ce qui se constitue en véritable « combat » intérieur contre toute une partie de la population, enfants compris.

D’après un sondage de l’Ifop, de plus en plus de Français.es, toutes classes et catégories confondues déclarent ne pas se sentir « Charlie », et nous serions mêmes majoritaires dans notre tranche d’âge 25-34 ans. Mais la parole ne nous est jamais donnée pour expliquer sereinement notre position. Aujourd’hui, c’est moins pour revendiquer publiquement notre opposition à « l’esprit Charlie » que pour partager nos craintes d’enseignant.e.s que nous souhaitons nous exprimer.

Au début des années 2000, bien avant l’odieux attentat de janvier 2015, nous étions déjà en opposition politique avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Non pas que nous ayons un quelconque problème avec le fait de caricaturer et de moquer les religions mais nous estimions, et nous estimons toujours, que les caricatures liées à l’« islam » étaient souvent mises au service d’un projet géopolitique visant à justifier des guerres impérialistes contre des pays arabo-musulmans. Les plus emblématiques furent menées par le président néoconservateur George W. Bush contre l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003 ou par son allié israélien contre la Palestine, toutes soutenues par Philippe Val dans ses éditoriaux d’alors. Ainsi, même si les opinions étaient diverses au sein de la rédaction, la ligne éditoriale de Charlie Hebdo sous Philippe Val, qui persista malheureusement après lui, en faisait moins selon nous un journal « satirique » que politiquement situé dans le camp néoconservateur. Nous fûmes néanmoins profondément choqués par l’odieux attentat de 2015 : la liberté d’expression est un droit qui doit s’appliquer y compris et surtout lorsqu’on est en désaccord avec le propos défendu. Raison pour laquelle, à la suite des attentats, nous pensions préférable de taire nos critiques politiques à l’égard de Charlie Hebdo.

« L’esprit Charlie », qui devint le temps d’un jour « esprit du 11 janvier », prit pourtant une tournure de plus en plus inquiétante. Nos dirigeants politiques (et notamment le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls) ne tardèrent pas à instrumentaliser le drame des attentats pour restreindre drastiquement la liberté d’expression puis, quelques mois plus tard, les libertés publiques avec l’instauration de l’état d’urgence. Comme l’explique Élisabeth Badinter, aujourd’hui tout le monde « doit » être Charlie, toute pensée discordante étant suspecte a priori. Sommes-nous visés, comme 39 % des Français ? Probablement. Mais, en tant qu’enseignant.e.s, nous ne pouvons ignorer que les principales cibles de cette campagne d’injonction autoritaire restent nos propres élèves.

Une parole bénéfique n’est pas une parole forcée

En effet, dès janvier 2015, le ministère de l’Éducation nationale nous a pour ainsi dire ordonné d’organiser des discussions avec nos élèves au sujet de l’attentat. Une telle entreprise pouvait paraître psychologiquement hasardeuse : une parole bénéfique n’est pas une parole forcée, a fortiori quand on a face à soi des enfants ou des adolescents. Nous avons pourtant mené à bien ces discussions. En laissant les élèves exprimer ce qu’ils avaient compris des attentats et ce qu’ils souhaitaient confier de leurs peurs. En les laissant également dire ce que leur inspirait « Charlie Hebdo ». Une fois les paroles librement exprimées, nous avons joué notre rôle en expliquant qu’aucun désaccord ne pouvait justifier un meurtre. Les élèves, dans leur pluralité, ceux qui exprimaient un point de vue critique sur les opinions politiques de Charlie Hebdo ou qui ne connaissaient pas ce journal, les quelques-uns qui estimaient que certains propos devraient être condamnés par la justice ou les rares qui appréciaient le journal, tous ces élèves se rejoignaient sur ce constat : rien ne justifiait l’action des assassins ayant ensanglanté la rédaction de Charlie Hebdo. Les discussions s’étaient – et se sont depuis trois ans – très bien déroulées.

Quelle ne fut pas notre surprise de voir très vite les médias évoquer des « centaines » d’ « incidents » qui auraient été dénoncés à leur hiérarchie par des enseignants, en braquant au fil des mois les projecteurs sur notre département. Les paroles d’élèves qui n’épousaient pas la ligne idéologique de Charlie Hebdo étaient-elles traitées comme justifiant, d’une manière ou d’une autre, les attentats ? Des élèves avaient-ils été renvoyés à leur appartenance religieuse réelle ou supposée dès lors qu’ils semblaient exprimer une opposition parfois bancale – une opposition d’enfants ! – au contenu d’un journal ? Quelques semaines après les attentats, nous apprenions que des écoliers avaient été traînés au commissariat pour « apologie du terrorisme », sur délation de leur établissement scolaire.

Nous ne contestons pas que des enseignants aient pu rencontrer des difficultés avec leurs élèves. Encore faudrait-il savoir comment s’est déroulé leur cours. Si quelques-uns ont engagé leurs élèves à « être Charlie » en éludant les interrogations légitimes sur la signification confuse d’une telle formule, voire en coupant court à toute parole critique sur le positionnement idéologique du journal, ne peut-on pas considérer que les difficultés viennent du fait d’avoir rompu une neutralité qu’en tant qu’enseignants, nous nous devons de respecter ? On se demande ce qu’ont pu vivre et ressentir les élèves de cette enseignante s’exprimant régulièrement dans les médias, qui proclamait il y a un an « Soyez Charlie ou quittez la France ».

Dérive belliciste

Loin de nous l’idée de généraliser, simplement nous savons que, depuis des années, une poignée d’acteurs du système éducatif et de relais institutionnels mal intentionnés n’ont de cesse de dresser un portrait monstrueux des jeunes « de banlieue », « arabes » ou « musulmans » qui seraient soumis à des pulsions « ethno-culturelles » antisémites, sexistes et homophobes. Ces clichés sont notamment véhiculés par l’ouvrage très controversé Les Territoires perdus de la République paru en 2002 [1], préfacé et dirigé Georges Bensoussan qui n’a pas hésité à affirmer publiquement que « dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère ». Peut-on imaginer le traumatisme subi par des enfants régulièrement confrontés à des propos racistes du même acabit [2] tenus à leur sujet ?

« L’esprit Charlie » semble ainsi constituer un véritable « combat » intérieur contre toute une partie de la population, enfants compris. Si l’on peut certes se contenter de ne pas lire les éditoriaux de plus en plus délirants de Riss – accusant par exemple les femmes portant le voile ou les boulangers musulmans de soutenir le terrorisme [3] – on ne peut en revanche ignorer que des personnalités politiques ou intellectuelles reprennent publiquement ce type de discours effrayants.

Cette dérive belliciste s’est une nouvelle fois illustrée lors du meeting politique « Toujours Charlie : de la mémoire au combat » organisé samedi 6 janvier en présence de figures politiques, associatives et de journalistes, lors duquel notre département et ses habitants ont été une fois de plus pointés du doigt. Aucune parole contradictoire n’a pu s’exprimer face à ces défenseurs autoproclamés de la « liberté d’expression ». La propagande déversée par le Printemps républicain et ses alliés, qui partagent un même déni de l’islamophobie, a plusieurs fois fustigé les élèves et les étudiants de la République en instrumentalisant ad nauseam la laïcité et les « valeurs de la République », dont la transmission semblait se résumer à un slogan, bien éloigné de tout esprit républicain : on « DOIT être Charlie ».

Or l’une des associations organisatrices de ce meeting, la Licra, est liée par un partenariat au ministère de l’Éducation nationale et mène, à ce titre, des actions auprès des élèves et des enseignants sur la prévention du racisme, sur la laïcité ou encore sur l’exercice de la citoyenneté. Cette association, qui se complaît manifestement dans son rôle de pompier pyromane, peut-elle décemment jouer ce rôle au sein de l’école de la République, auprès de nos élèves ? Une telle situation devient décidément de plus en plus préoccupante pour nos enfants.

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[1] Cet ouvrage a d’ailleurs fait l’objet d’un documentaire opportunément sorti après les attentats contre Charlie Hebdo, dont on peut trouver une analyse critique ici.

[2] Par exemple Caroline Fourest évoqua sur un plateau de télévision « les familles musulmanes [qui] demandent à ce qu’on n’enseigne pas la Shoah » en citant comme source… l’ouvrage de Bensoussan.

[3] Voir à ce sujet cette vidéo.

PAR RAMZI KEBAILI ET SONIA TALEB  dans Politis.

Résistance

Macron, piège à cons

On ne peut pas voter pour Marine Le Pen pour des raisons évidentes, qu’il n’est pas utile de développer ici. Mais ceux qui pensent voter Macron avec la bonne conscience de s’opposer à un quelconque « fascisme » se trompent lourdement. Ce ne sont pas les rêveries pseudo révolutionnaires qui font le fascisme, c’est la volonté de l’oligarchie financière de commander sans partage. Le représentant, aujourd’hui, sous nos yeux, de cette oligarchie financière s’appelle Emmanuel Macron.

Comment peut-on s’apercevoir qu’il est l’homme de l’oligarchie ? Simplement en ouvrant les yeux sur ceux qui le soutiennent. La presse, qui est gérée par l’oligarchie, et ses principaux éditorialistes, n’ont que des mots d’amour à son égard tout en listant soigneusement ses ralliements. Pis, ils s’offusquent de ce que certains, tels Jean-Luc Mélenchon, osent ne pas se soumettre.

Macron se voit entouré de tout ce que la politique anti populaire, depuis cinquante ans, a pu créer comme  dirigeants réactionnaires, c’est-à-dire toute la droite, toute la gauche, tout le centre ! On peut ajouter des « antifascistes »  bien connu comme Gattaz, président du Medef ou Laurence Parisot, qui en est l’ancienne présidente. Bonjour le progrès social !

Vous avez sans doute remarqué que notre petit banquier gère les ralliements sur le mode psychorigide : il n’envisage aucune négociation programmatique. Mieux, il nous a expliqué qu’il gouvernerait par ordonnances. Tous ceux qui s’apprêtent à voter pour lui en se réservant pour les élections législatives peuvent déjà commencer à pleurer.

Macron représente non seulement l’oligarchie en France mais aussi l’oligarchie mondialisée : il a été faire  allégeance à Berlin, à New-York, à Tel-Aviv, à l’Otan. Il a aussi déclaré qu’il interviendrait en Syrie, même sans mandat de l’ONU, tout en affirmant son hostilité à la Russie.

Évidemment, il s’enthousiasme pour l’Union Européenne, qui est précisément le syndicat de l’oligarchie, et il soutient la mondialisation, les deux mâchoires à broyer les intérêts populaires.

Les élections, organisées par la bourgeoisie, avaient pour but de nous demander de choisir un Président, mais sans nous permettre de choisir sa politique : on l’a clairement vu lorsque, pour se débarrasser de Sarkozy, François Hollande fut élu. On a vite compris qu’il a fait pire. Cette élection est une nouveauté, parce que le candidat explique clairement sa politique : « je vous écraserai… » La moindre des choses est de répondre : « sans moi ! »

DR

Résistance

2016 : une année parmi les plus meurtrières pour les jeunes Palestiniens des territoires occupés

L’année 2016 restera comme l’année au cours de laquelle Israël a tué le plus de mineurs au cours de la dernière décennie en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. C’est ce que nous apprend le rapport de l’organisation non gouvernementale « Defence for Children International-Palestine » (DCIP) publié la semaine dernière. Selon ce dernier, ce ne sont pas moins de trente-et-un jeunes Palestiniens qui ont été tués par l’armée israélienne cette année. Le dernier en date, Farid Ziyad Atta al-Bayed, était à peine âgé de quinze ans. Il est décédé le 23 décembre après 69 jours de coma. Faris avait été blessé le 15 octobre dernier lors d’affrontements avec l’armée survenus dans le camp de réfugiés de Jalazoun, non loin de Ramallah.

L’ONG s’est ému dans son rapport qu’aucun soldat n’ait été inquiété par les autorités israéliennes pour les morts qu’ils ont commises. Ce n’est malheureusement pas une surprise… Au cours des trois dernières années, un seul militaire a fait l’objet d’une enquête en bonne et due forme. « Les forces israéliennes font depuis 2014 davantage usage de répression pour contenir les manifestations », accuse Ayed Abu Eqtaish, un des directeurs de programme de l’ONG.

La propension des militaires israéliens à avoir la gâchette facile est apparue au grand jour au cours du dernier mois de l’année écoulée. Le 18 décembre, Ahmad Hazem Atta Zeidani (19 ans) était tué dans le village cisjordanien de Beit Rima (nord-ouest de Ramallah) au cours d’affrontements nocturnes avec les forces d’occupation. Fahmi Juweilis a connu un sort meilleur ; il a survécu bien qu’il ait été touché le 14 décembre à la tête par un projectile durant le trajet qui séparait son domicile de l’école. Fahmi a été victime d’une balle perdue. Les militaires visaient en réalité un autre Palestinien suspecté d’avoir voulu les frapper plus tôt avec un couteau à Jérusalem.

L’OCHA (bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies) rapporte que l’armée israélienne a blessé pas moins de onze enfants entre le 29 novembre et le 12 décembre 2016 au cours d’affrontements avec des Palestiniens en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza (81 enfants ont été blessés au cours de l’année 2016 selon les données recueillies par le DCIP. La presse palestinienne affirme quant à elle que les secours sont, dans de nombreux cas où de jeunes Palestiniens ont été blessés ou tués, intentionnellement ralentis par l’armée d’occupation.

Les plus âgés ne sont guère mieux lotis. Jihan Mohammed Hashimeh, Palestinienne de 35 ans, circulait entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée lorsqu’elle a été prise à partie par les tirs des soldats israéliens. Alors qu’elle approchait du point de passage de Qalandia sur une voie destinée aux véhicules, les soldats lui ont tiré dessus à plusieurs reprises pour une raison inconnue, la blessant grièvement. Gisant sur le sol, elle a été laissée une heure durant sans aide, baignant dans son sang. On voit sur une vidéo la victime couchée sur le sol, les bras en l’air, juste après avoir essuyé les tirs de l’armée israélienne. Originaire de Jérusalem-Est, Jihan Mohammed Hashimeh tentait vraisemblablement de rentrer chez elle.

Depuis octobre 2015, il y a eu plus de 150 cas dans lesquels les forces de sécurité ont ouvert le feu et tué des adultes et des enfants palestiniens soupçonnés d’avoir tenté de poignarder, de percuter avec un véhicule ou de tirer sur des Israéliens en Israël et en Cisjordanie. Lors de la même période, des assaillants palestiniens ont tué 33 Israéliens, dont des passants et des responsables de la sécurité, en Israël et en Cisjordanie.

L’inflexibilité montrée par les autorités israéliennes à l’encontre des Palestiniens diminue curieusement lorsque les Israéliens eux-mêmes sont mis en cause. Le cas du sergent Elor Azarya est emblématique. Ce jeune sous-officier a tué par balles un Palestinien âgé de 21 ans dans la ville de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, le 24 mars 2016. Un enregistrement vidéo largement diffusé sur Internet montre Azaria, qui possède les nationalités israélienne et française, tirant une balle dans la tête d’Abdul Fatah al-Sharif lorsque ce dernier gît à terre, ne posant de toute évidence aucune menace. Elor Azaria, après quelques jours passés en prison militaire, est depuis confiné sur sa base, avec interdiction de porter des armes et d’entrer en contact avec des témoins. Il a même bénéficié de deux jours de permission pour célébrer en famille la Pâque juive. Quelques heures après le verdict d’un tribunal militaire israélien, qui a reconnu, mercredi 4 janvier, coupable d’homicide un soldat franco-israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahou n’a pas tardé à réagir. Il souhaite que le soldat, accusé d’avoir achevé un assaillant palestinien blessé, bénéficie d’une grâce.

L’année 2016 restera aussi marquée comme celle où l’on a enregistré un nombre record d’incursions d’extrémistes israéliens de droite sur l’esplanade des mosquées. Le porte-parole de l’Organisation des biens religieux (waqf), Firas Al-Dibs, a recensé 14.806 incursions de colons durant l’année écoulée, avec une pointe en octobre (2.856 incursions). Beaucoup de Palestinien-ne-s craignent finalement que les incursions visent, en tant qu’étape préliminaire, à changer le statu quo de longue date du complexe d’Al-Aqsa. Déjà, les forces d’occupation israéliennes ont interdit l’accès à la mosquée aux fidèles musulman-e-s pendant certaines fêtes juives, Israël célébrant actuellement le début de la nouvelle année juive.

Israël se sera donc surpassée. Le point essentiel qu’il faut retenir est que les crimes de l’entité sioniste ne sont pas des « aberrations ». Ce ne sont pas les agissements de quelques généraux à la gâchette facile ou d’un gouvernement particulièrement de droite. Il s’agit ici d’une législation de droit commun et de politiques maintenues par l’État depuis des décennies. Le sionisme porte en lui tous les germes du crime.

Capitaine Martin

Résistance

Volkswagen : d’où vient la triche ?

Volkswagen : d’où vient la triche ?Selon les médias (ici 20 minutes), la triche de Volkswagen aurait pour origine quelques développeurs informatiques qui ont bricolé, sans rien dire à personne, ce logiciel tricheur qui aurait été installé sur des millions de véhicules. Un peu difficile à croire, mais pas pour Le Monde, qui a une drôle d’explication : la direction de Volkswagen ne savait rien, parce que personne ne lui avait rien dit en raison de la terreur qu’elle inspire (comme en Corée du Nord, selon Le Monde, qui n’est pas à une petite perfidie près).

Pourtant, il y a bien eu un bureau d’études de Volkswagen qui a imaginé un bon moteur ! Ces concepteurs l’ont conçu, testé, éprouvé, et comme les plans sont parvenus jusqu’aux ingénieurs de fabrication, ils devaient en être plutôt contents !

Des chaînes de montage ont ainsi été mises en place pour la production du moteur en question. La maîtrise a mis au travail les ouvriers de Volkswagen pour le montage, et en bout de chaîne, le moteur a été essayé et testé ! Et, de l’avis général, c’est un très bon moteur.

Bien sûr, les émissions de ce moteur dépassent toutes les normes des pays où les voitures seront vendues. Mais où est le problème selon Volkswagen ? Depuis quand des gouvernements vont imposer leurs normes à un groupe industriel qui fait de si bonnes automobiles ?

Cela rappelle l’AMI, l’Accord multilatéral sur l’investissement. Son but était d’indemniser les groupes industriels par les États si les lois sociales ou environnementales de ces derniers faisaient baisser la rentabilité de leur investissement. À l’époque, l’affaire avait capoté, personne ne voulant assumer le fait que des lois sociales pouvaient être conçues par des groupes industriels et non par des États. Cependant, le capital a toujours a l’esprit ce projet et l’affaire Volkswagen en est un exemple concret.

Le message de l’entreprise allemande aux États est en réalité très simple : « vous avez vos normes, nous avons les nôtres. Et vous pouvez toujours venir contrôler nos bagnoles, vous ne trouverez rien ! »

D’où ce petit logiciel qui détectait à quel moment la voiture passait un test d’émission. Le système se basait sur la position des roues, la vitesse du véhicule, les régimes moteur et la pression barométrique. Il comparaît ces données à des mesures spécifiques, propres aux tests d’émissions et connues de tous. Si les informations corroboraient, le module de contrôle électronique du véhicule (ECM) basculait sur un mode « clean », pour flouer les tests des agences environnementales.

Cela montre le mépris profond du constructeur à l’égard de la légalité. En Corée du Nord, des dirigeants industriels qui auraient si peu de respect pour la légalité iraient au-devant de gros soucis !

D.R.

Résistance

En Grèce, les instituts de sondage ont menti

En Grèce, les instituts de sondage ont mentiÀ la veille du scrutin, les instituts de sondage ont tenté en Grèce  de manipuler la population. L’un, réalisé par la société Alco, donnait le oui gagnant « d’une courte tête », avec 44,8 % contre 43,4 % pour le non. Un autre, réalisé par l’Université de Macédoine, affirmait que le oui et le non étaient à peu près à égalité avec 42,5 % pour l’un et 43% pour l’autre. On appréciera le sérieux de ces « sondeurs », quand on voit que le non l’a emporté avec plus de 61 % !

Un tel écart entre les prévisions et les résultats sur une question aussi simple – répondre oui ou non à une seule question – ne peut pas s’expliquer par les aléas des sondages. Il faut y voir certainement une volonté de duper la population en cherchant à lui enlever tout espoir dans l’issue du scrutin.

Mais ces sondages ne sont qu’un aspect de cette tentative du capital pour décourager la population grecque. Comme ce qui s’est passé en France lors du référendum sur le TCE (traité de fonctionnement de l’Union européenne) en 2005, toute la presse a fait une intense campagne pour le oui dès qu’elle a compris que le référendum aurait bien lieu.

Dans le cas de la Grèce, l’Union européenne a cherché à faire renoncer Tsipras dès l’annonce de la tenue du référendum par ce dernier. Il faut se souvenir qu’en 2011, le Premier ministre de l’époque, Giórgios Papandréou, avait eu lui aussi l’intention d’avoir recours à ce genre de consultation populaire mais, sous la pression des instances européennes, il y avait renoncé en à peu près 24 heures !

Mais là, Tsipras a tenu bon et les médias comme les sondeurs se sont déchaînés. À la télévision (privée), non seulement les temps de paroles en faveur du non ont été ridicules par rapport à l’exposé des motifs du vote oui, mais les conditions d’expression n’avaient pour simple but que de ridiculiser les tenants du non. La cohorte des experts, les journalistes, le patronat, les « citoyens responsables »… Bref, tous ceux qui ont du bien ont expliqué que le peuple était face à une alternative : le oui ou le chaos ! C’est exactement ce que nous avons connu en 2005.

Remarquons que le Parti communiste grec (KKE) a appelé sans grand succès au vote nul (en Grèce, le vote étant obligatoire, un appel à l’abstention est illégal). La participation n’a d’ailleurs pas été si mauvaise avec deux tiers de votants. C’est-à-dire que les Grecs (le peuple, et particulièrement les jeunes) se sont prononcés en faveur du non, et ce en dépit des pressions, des intimidations et des humiliations. Comme en France en 2005…

Ce « comme en 2005 » signifie aussi que ce scrutin ne nous éclaire guère sur l’avenir. La résistance des Grecs va surement être mise à rude épreuve. Le capital bancaire ne renonce pas à mettre dans sa poche chaque euro retiré des salaires, des pensions de retraites, des hausses de fiscalité, et toutes ces douceurs qui font ses délices autant que le malheur des peuples.

Ne faisons bien évidemment pas dire à ce scrutin ce qu’il ne veut pas dire. Les Grecs n’ont pas dit « non à l’euro », ni « non à l’Union européenne ». Ils ont simplement (mais fermement) dit « non aux conditions de remboursement d’une dette illégitime qui nous jette dans la misère ».

Remarquons également que les Grecs n’ont exprimé aucune volonté d’abandonner l’euro pour la drachme. Actuellement, ce sont plutôt certains stratèges des banques européennes qui envisagent d’expulser la Grèce de la zone euro, dans le but de lui faire regretter son vote. Un peu comme un mafieux qui assassine tout en le faisant savoir son débiteur devenu insolvable du fait de prêts forcés, dans le seul but de terroriser ses autres débiteurs.

Voyons néanmoins le côté positif des choses ! Imaginons que, de gré ou de force, la Grèce soit amenée à renouer avec une monnaie nationale déconnectée de l’euro. Ce serait un véritable pied-de-nez pour le capital grec (les banques, les armateurs et leurs amis). Parce qu’une monnaie déconnectée de l’euro rendrait ce même capital déconnecté du soutien européen, de la BCE, de la Commission européenne, du FMI grâce auxquels il pouvait jusque-là s’en mettre plein les poches. Exit donc le pillage des finances publiques ! Seul face au peuple grec, il lui faudrait de nouveau se lancer dans la production industrielle, mais en ayant affaire à une classe ouvrière expérimentée. Voilà la réalité de la souveraineté nationale retrouvée !

D.R.

Résistance

Taxis contre UberPop

Taxis contre UberpopLes taxis sont très mécontents d’UberPop. Il faut dire qu’à force d’avoir bétonné autour de leur monopole, ils prêtent le flanc à une explosion de la concurrence !

La fameuse « licence »  qui vaut si cher est à l’origine un acte administratif municipal gratuit. Elle autorise, sous réserve de vérification des connaissances nécessaires, à exercer la profession de taxi. Mais les chauffeurs ont exigé que les villes ne délivrent plus cette licence, laquelle est devenue cessible entre-temps. Comme pour la « licence IV », autorisant un commerçant à servir des boissons au verre : elle n’est plus délivrée, mais elle est cessible… Plus la demande est forte, plus le « prix » de la licence s’envole ! Pour la licence IV, la demande est à peu près stable, et elle plafonne à quelques milliers d’euros. Pour la licence de taxi, la profession a organisé à un tel point la pénurie que la demande explose.

La conséquence, favorable dans un premier temps pour les taxis, a été une augmentation du prix de la licence. Il n’est pas rare que dans certaines grandes villes, celle-ci atteigne le prix d’une maison. Mais la concurrence a nécessairement fait son apparition dans un tel contexte. On a d’abord vu des taxis clandestins à proximité des gares et des aéroports où la demande est forte (c’est vrai dans toutes les grandes villes du monde, même à Pékin !). Contenir cette concurrence s’est avéré de plus en plus difficile. Bien sûr, il serait possible que les villes délivrent de nouveau des licences, mais les taxis s’y opposent fermement, menaçant de bloquer la circulation des villes qui s’y risqueraient.

Dans un monde hyper connecté, c’est la technologie qui est venue à la rescousse de cette concurrence. Il suffisait à UberPop de mettre en relation la demande et l’offre par internet pour prendre d’avance les taxis arrêtés au temps du bon vieux téléphone…

Mais un autre problème, très moderne paraît-il, apparaît : c’est le salarié sans contrat de travail. Un salarié sans protection sociale ni congé, sans règle de repos (tant quotidien qu’hebdomadaire) : un salarié sans rien ! Le chauffeur UberPop est amené, dans les faits, à payer son employeur pour travailler. C’était dans l’après-guerre le statut des garçons de café, qui payaient le patron du bistrot pour travailler dans son établissement, et se débrouillaient pour gagner leur vie avec les pourboires ! Sacré retour en arrière quand même…

Si les chauffeurs de taxis continuent à vouloir maintenir la pénurie d’offre par rapport à la demande, les réponses plus ou moins clandestines apparaîtront sous des formes variées. S’ils veulent faire preuve de lucidité, ils devront admettre que l’ajustement de l’offre à la demande est nécessaire, ce qui passe par la délivrance de nouvelles licences… au risque de voir le prix des licences actuelles s’effondrer.

Mais, à ce qu’il paraît, le conflit actuel a conduit les taxis à être un peu plus aimables avec leurs clients. C’est déjà ça.

D.R.

Résistance

Curieuse embrouille à la FIFA

Curieuse embrouille à la FIFA« Grâce à la justice américaine », affirme sans ambage 20 Minutes, « les révélations s’enchaînent depuis une semaine ». Une procureur étasunienne explique ainsi benoîtement que « ces gens » avaient pour mission de construire des terrains de foot pour les enfants et en ont profité pour s’enrichir. C’est un véritable scandale qui secoue le monde du football.

La FIFA est une organisation à but non lucratif. Elle est à ce titre exonérée d’impôts. Association de droit suisse, elle est également, c’est le moins qu’on puisse dire, liée « aux milieux d’affaires internationaux ». Rappelons que le football professionnel (dont les clubs et les joueurs appartiennent tous à des entreprises capitalistes dont le but n’est pas le sport, mais le profit) est financé par des droits télé et la pub (poliment rebaptisée « sponsoring »). Il devrait en principe être exempt de corruption. Découvrir que la corruption y existe, c’est pourtant découvrir que l’eau, ça mouille !

Encore qu’aucune preuve de cette corruption, aurez-vous remarqué, ne soit positivement établie : on nous met sous le nez de supposés corrompus, sans avoir identifié ni les corrupteurs (ceux qui payent), ni les avantages espérés. On est ainsi censé croire que la « justice » étasunienne soit porteuse de morale… ce qui n’est pas tout à fait certain.

Mais il y a plus grave. La Russie dénonce la volonté étasunienne d’imposer ses normes juridiques en dehors de son territoire. En effet, Washington a exigé de la police suisse qu’elle arrête des ressortissants, pour l’essentiel d’Amérique Latine, pour de présumés faits qui ne se sont même pas produit aux États-Unis. L’IRIB (Iran) partage cet avis, relevant que « les États-Unis se comportent de facto en gouvernement mondial, sanctionnant ici, récompensant là ».

Et il semble bien que la haine que les Étasuniens portent à la FIFA, et à son ex-président Sepp Blatter, tient au fait que, malgré leur candidature, ils n’ont pas été retenus pour organiser le mondial en 2018 et en 2022. Pis, c’est la Russie qui accueillera la coupe du monde de football en 2018.

Les arrestations opérées en Suisse (pauvre Suisse qui n’arrête pas d’avaler des couleuvres étasuniennes) à deux jours du Congrès de la FIFA avaient bien pour but d’empêcher la réélection de Sepp Blatter afin de remettre en cause l’attribution du mondial à la Russie en 2018. La réaction du Congrès a été assez claire : contre Blatter, l’Occident (États-Unis et Europe réunis) ; pour Blatter, le reste du monde, à commencer par l’Afrique…

Des pressions ultérieures ont fini par avoir raison du président de la FIFA, sans toutefois pouvoir remettre en cause l’attribution du mondial à la Russie. Ceci montre que la lutte entre l’impérialisme et l’anti-impérialisme est partout. Les conflits autour du football montrent décidément une extension assez imprévue de la lutte de classe.

D.R.

Résistance

François Hollande au pays des terroristes

10685365_1002985329712533_5323365430269085093_nFrançois Hollande a donc fait une petite visite en Arabie Saoudite et au Qatar. Il aurait même été autorisé à prendre la parole devant l’assemblée des pays du Golfe. Mais ce même François Hollande a refusé sa présence à la commémoration à Moscou de la victoire contre le nazisme, au motif d’une soi-disant agression de la Russie en Ukraine. C’est donc qu’il choisit ses destinations avec soin en mettant en avant des motivations politiques, voire idéologiques !

Il faut donc bien chercher les motivations intimes qui président à ce voyage. On dit que ce sont les affaires, la vente des fameux Rafale, la perspective de contrats de centrales nucléaires et d’autres choses encore. Bref, il serait motivé par « l’emploi en France ». Balivernes ! Le même « homme d’affaires » refuse la livraison de bateaux commandés et payés par la Russie pour des motifs fumeux et applique des « sanctions » qui mettent en difficulté ce même emploi en France ! Là encore, il y a un choix politique !

Notre président est donc ravi de se trouver au pays des terroristes. C’est son choix… Mais ceux qui, actuellement, bombardent le Yémen, arment en matériels de guerre et en idéologie les terroristes de Daesh, Al-Qaïda et autres barbares sont alors ses amis. Tout comme ceux qui, d’ailleurs, détruisent l’Irak et la Syrie avec une sanguinaire violence…

Ce François Hollande vient nous expliquer qu’il fait la guerre au terrorisme mais, dans les faits réels, il le soutient. La guerre qu’il mène en réalité est une guerre contre les peuples, à commencer contre son propre peuple, le peuple de France, où il organise une surveillance généralisée pour se préparer à frapper.

Il dit porter les valeurs des droits de l’homme, de la démocratie et de l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais où sont les droits de l’homme, la démocratie et l’égalité hommes-femmes en Arabie Saoudite, au Qatar ou dans les autres pays du Golfe ? En Arabie Saoudite, on décapite au sabre ! Selon l’hebdomadaire L’Express, 87 condamnés à mort ont été exécutés en 2014 (selon un décompte effectué par l’AFP) et 79 l’avaient été les deux années précédentes.

Notre cher Laurent Fabius n’est pas en reste : « notre coopération passe à la vitesse supérieure », a t-il déclaré ! Alors, quelles vont être les cibles de ces Rafale vendus au Qatar ? L’Iran ? Damas ? Le Yémen ?

Ces guerres, après le désastre de la Libye, ont pourtant vu s’inverser le rapport de force. Un puissant « axe de la résistance » a vu le jour, allant de l’Iran jusqu’à la Syrie en passant par le Hezbollah, l’Irak, la Palestine. Sans compter les liens particuliers qui unissent désormais la Russie et la Chine

L’Arabie Saoudite bombarde le Yémen, mais aucun de ses objectifs de guerre ne sont atteints. La monarchie absolue contrôlée par les Saoud se livre en revanche au massacre aérien du peuple sans défense du Yémen. Écoutez ce qu’en dit Hassan Nasrallah :

D.R.